Enseignement du français : difficultés, réformes et transmission des savoirs

Collégienne écrivant dans son cahier pendant un cours de français, avec enseignante et élèves en arrière-plan dans une classe

L’enseignement du français occupe une place particulière dans le système scolaire. Il ne constitue pas seulement une matière parmi les autres : il fournit les outils nécessaires pour lire, écrire, comprendre une consigne, structurer une pensée et exprimer un raisonnement.

La maîtrise de la langue conditionne ainsi la réussite dans presque toutes les disciplines. Un élève qui comprend difficilement un texte ou qui ne parvient pas à organiser clairement ses idées rencontrera également des obstacles en histoire, en sciences, en mathématiques ou dans son orientation professionnelle.

Depuis plusieurs décennies, l’enseignement du français fait pourtant l’objet de réformes régulières. Les programmes, les méthodes pédagogiques, les exercices et les examens ont évolué afin de s’adapter à de nouveaux publics et à de nouveaux objectifs.

Ces transformations ont suscité de nombreux débats. Certains y voient une évolution nécessaire pour rendre les apprentissages plus accessibles. D’autres estiment qu’elles ont réduit la place de la grammaire, de l’orthographe, de la lecture approfondie et de la littérature.

Le français, une discipline fondamentale

Le français permet d’acquérir des compétences indispensables à la vie scolaire, professionnelle et sociale.

Son enseignement doit notamment permettre aux élèves de :

  • lire avec précision et autonomie ;
  • comprendre différents types de textes ;
  • maîtriser les règles essentielles de la langue ;
  • écrire de manière claire et structurée ;
  • enrichir leur vocabulaire ;
  • construire un raisonnement ;
  • développer leur esprit critique ;
  • découvrir un patrimoine littéraire et culturel ;
  • prendre la parole avec assurance.

Ces apprentissages demandent du temps, de la régularité et une progression cohérente. La lecture, la grammaire, la conjugaison, l’orthographe et l’expression écrite ne peuvent être durablement maîtrisées grâce à quelques activités ponctuelles.

Ils nécessitent des exercices fréquents, des explications explicites et la possibilité de revenir sur les notions qui ne sont pas encore acquises.

La réduction de la place accordée aux fondamentaux

L’une des critiques les plus fréquentes adressées aux réformes scolaires concerne la diminution du temps spécifiquement consacré au français.

Les enseignants doivent désormais aborder de nombreuses compétences dans un nombre d’heures limité. Au travail sur la langue et la littérature se sont ajoutés l’éducation aux médias, l’expression orale, l’analyse de l’image, l’argumentation, les projets interdisciplinaires et les usages numériques.

Ces apprentissages peuvent être utiles. Leur multiplication pose néanmoins une question importante : comment approfondir les connaissances fondamentales lorsque le temps consacré à chaque notion se réduit ?

La grammaire, la conjugaison et l’orthographe demandent une pratique régulière. Lorsqu’elles ne sont abordées qu’à l’occasion d’un texte ou d’un projet, les élèves peuvent avoir des difficultés à comprendre la logique générale de la langue.

Une activité isolée ne remplace pas une progression structurée permettant de relier les règles entre elles.

Des difficultés qui s’accumulent au fil de la scolarité

Les lacunes en français ne disparaissent pas naturellement avec l’âge. Lorsqu’elles ne sont pas corrigées rapidement, elles ont tendance à s’accumuler.

Un élève qui maîtrise mal la lecture en fin d’école primaire peut rencontrer des difficultés pour comprendre les textes étudiés au collège. Une connaissance insuffisante de la grammaire rend ensuite plus complexe l’analyse des phrases, l’apprentissage des langues étrangères et la rédaction de textes élaborés.

Au lycée, ces difficultés deviennent particulièrement visibles dans les dissertations, les commentaires de texte et les réponses argumentées.

Les enseignants doivent alors accomplir deux missions simultanées :

  • enseigner les notions correspondant au niveau de la classe ;
  • reprendre des apprentissages qui auraient dû être consolidés plusieurs années auparavant.

Cette situation peut créer une grande hétérogénéité. Dans une même classe, certains élèves lisent avec aisance tandis que d’autres peinent encore à comprendre le sens précis d’un paragraphe.

L’importance d’un enseignement explicite de la langue

L’apprentissage du français ne peut pas reposer uniquement sur l’exposition aux textes ou sur la découverte personnelle des règles.

Les élèves ont besoin d’un enseignement explicite leur permettant de comprendre :

  • la construction d’une phrase ;
  • les fonctions des mots ;
  • les accords ;
  • les temps et les modes verbaux ;
  • la ponctuation ;
  • l’organisation d’un paragraphe ;
  • la progression logique d’un texte.

L’observation de la langue peut constituer une méthode intéressante lorsqu’elle est guidée. Elle ne doit toutefois pas conduire à laisser les élèves découvrir seuls des règles complexes.

Une règle clairement expliquée, accompagnée d’exemples et d’exercices progressifs, facilite la mémorisation. Elle donne également aux élèves des repères stables qu’ils pourront réutiliser dans leurs propres écrits.

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L’enseignement explicite ne signifie pas un apprentissage mécanique dépourvu de sens. Il permet au contraire de comprendre le fonctionnement de la langue avant de l’utiliser avec davantage de liberté.

La place de la dictée et des exercices réguliers

La dictée a longtemps constitué un exercice central de l’enseignement du français. Elle permet de travailler simultanément l’orthographe, la conjugaison, les accords, la ponctuation et l’attention.

Elle ne peut toutefois être efficace que si elle s’inscrit dans un apprentissage plus large. Une dictée utilisée uniquement pour compter les erreurs risque de décourager les élèves les plus fragiles.

Elle devient plus utile lorsqu’elle est précédée d’un travail sur les difficultés du texte et suivie d’une correction expliquée.

D’autres exercices restent également nécessaires :

  • copie attentive ;
  • transformation de phrases ;
  • conjugaison ;
  • analyse grammaticale ;
  • rédaction de paragraphes courts ;
  • résumés ;
  • réécriture ;
  • lecture à voix haute ;
  • mémorisation de textes.

Ces pratiques peuvent sembler traditionnelles, mais elles permettent d’automatiser des compétences indispensables. Un élève qui n’a plus besoin de réfléchir à chaque accord dispose de davantage d’attention pour organiser ses idées.

La littérature face à la multiplication des objectifs

L’enseignement du français ne se limite pas à l’apprentissage des règles linguistiques. Il donne également accès à la littérature et à un patrimoine commun.

Les œuvres littéraires permettent de découvrir différentes époques, différentes formes d’écriture et différentes manières de représenter le monde. Elles enrichissent le vocabulaire, développent l’imagination et confrontent les élèves à des questions humaines qui dépassent leur expérience immédiate.

La difficulté consiste à rendre ces textes accessibles sans les simplifier excessivement.

Certains considèrent que les œuvres anciennes sont trop éloignées des préoccupations des élèves. Cette distance peut pourtant constituer une richesse. L’école n’a pas seulement pour mission de reproduire l’univers familier des enfants et des adolescents. Elle doit également leur permettre de découvrir ce qu’ils ne rencontreraient pas spontanément.

Un accompagnement adapté, une contextualisation claire et une lecture progressive peuvent rendre accessibles des textes exigeants.

Faut-il privilégier les œuvres classiques ou contemporaines ?

L’opposition entre littérature classique et littérature contemporaine est souvent artificielle.

Les œuvres récentes peuvent faciliter l’entrée dans la lecture, aborder des thèmes proches des élèves et montrer que la littérature reste vivante. Les textes classiques permettent quant à eux de comprendre l’histoire de la langue, les références culturelles et l’évolution des idées.

Un programme équilibré peut associer :

  • des œuvres patrimoniales ;
  • des textes contemporains ;
  • de la poésie ;
  • du théâtre ;
  • des récits ;
  • des essais ;
  • des textes documentaires ;
  • de la littérature étrangère traduite.

L’essentiel est de ne pas remplacer progressivement la lecture d’œuvres complètes par une succession d’extraits sans lien entre eux.

Lire un livre dans son intégralité permet de suivre une construction, de comprendre l’évolution des personnages et de développer une attention plus longue.

Les séquences pédagogiques et le risque de dispersion

L’organisation du cours de français en séquences vise à relier plusieurs activités autour d’un même thème ou d’une même œuvre.

Une séquence peut ainsi associer :

  • lecture ;
  • grammaire ;
  • vocabulaire ;
  • expression écrite ;
  • expression orale ;
  • histoire littéraire.

Cette organisation peut donner de la cohérence aux apprentissages. Elle présente toutefois un risque lorsque les liens entre les activités deviennent artificiels.

Une notion grammaticale ne doit pas être étudiée uniquement parce qu’elle apparaît dans le texte du jour. Elle doit également trouver sa place dans une progression générale.

Lorsque les élèves passent rapidement d’une activité à une autre, certaines connaissances peuvent ne jamais être suffisamment approfondies.

Il faut donc trouver un équilibre entre la variété des activités et la continuité des apprentissages.

La pédagogie de projet

Les projets pédagogiques peuvent stimuler la motivation des élèves. La création d’un journal, l’organisation d’un débat, l’écriture d’une pièce ou la réalisation d’une présentation permettent de donner un objectif concret au travail scolaire.

Ces projets développent également l’autonomie, la coopération et l’expression orale.

Ils ne doivent cependant pas se substituer aux apprentissages disciplinaires. Pour écrire un journal ou préparer un débat, les élèves doivent déjà savoir lire des sources, construire des phrases correctes, organiser un raisonnement et vérifier leurs informations.

Le projet constitue donc un moyen de réinvestir des connaissances. Il ne peut remplacer leur enseignement.

L’argumentation et la construction de la pensée

L’argumentation occupe une place importante dans les programmes de français. Les élèves doivent apprendre à défendre une idée, organiser leurs arguments et répondre à une opinion contraire.

Cet apprentissage est essentiel à la formation du citoyen. Il existe cependant une différence entre exprimer une opinion et construire un raisonnement.

Une argumentation solide suppose :

  • une connaissance précise du sujet ;
  • une distinction entre faits et opinions ;
  • des exemples pertinents ;
  • une organisation logique ;
  • la prise en compte des objections ;
  • une conclusion cohérente.

Demander simplement aux élèves ce qu’ils pensent d’un sujet ne suffit pas à développer leur esprit critique.

Le cours de français doit leur apprendre à justifier leurs affirmations, à vérifier leurs informations et à reconnaître les limites de leur propre raisonnement.

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L’évolution des épreuves du brevet et du baccalauréat

Les examens jouent un rôle important dans l’organisation des enseignements. Les exercices demandés au brevet et au baccalauréat influencent directement les pratiques en classe.

Au fil des réformes, les épreuves ont intégré de nouveaux formats : écriture d’invention, argumentation, analyse de corpus, contraction de texte ou essai.

Ces évolutions cherchent à évaluer des compétences variées. Elles soulèvent toutefois plusieurs questions :

  • quelle place accorder à l’orthographe ?
  • comment évaluer la qualité du raisonnement ?
  • les consignes sont-elles suffisamment précises ?
  • les exigences sont-elles identiques pour tous les candidats ?
  • les exercices correspondent-ils réellement aux apprentissages réalisés en classe ?

Un examen doit permettre de mesurer des connaissances et des compétences clairement définies. Des critères trop vagues rendent la correction plus difficile et peuvent créer des écarts importants entre les évaluateurs.

Le sujet d’invention

Le sujet d’invention a longtemps été proposé au baccalauréat de français aux côtés de la dissertation et du commentaire.

Il demandait aux candidats de produire un texte en respectant une situation, un registre ou une forme particulière.

Cet exercice pouvait valoriser la créativité et la maîtrise des procédés d’écriture. Il présentait néanmoins plusieurs limites.

La qualité d’un texte inventé est parfois difficile à évaluer objectivement. Les élèves ne disposent pas tous de la même expérience culturelle ni de la même aisance rédactionnelle. Une consigne trop ouverte peut également conduire à évaluer davantage l’imagination que les connaissances littéraires.

La disparition ou la transformation de certains exercices traduit la difficulté permanente à concevoir une évaluation juste du français.

L’orthographe doit-elle être évaluée dans tous les travaux ?

L’orthographe constitue une dimension essentielle de l’expression écrite. Elle garantit la lisibilité et limite les ambiguïtés.

Il serait cependant réducteur de juger un texte uniquement à partir du nombre de fautes. Une rédaction peut présenter des idées intéressantes malgré une maîtrise imparfaite de la langue.

L’évaluation doit donc prendre en compte plusieurs dimensions :

  • respect de la consigne ;
  • organisation du texte ;
  • qualité des arguments ;
  • précision du vocabulaire ;
  • construction des phrases ;
  • orthographe et ponctuation.

L’objectif n’est pas de choisir entre le fond et la forme. Une pensée complexe a besoin d’une langue suffisamment maîtrisée pour être comprise.

Le rôle du professeur de français

Le professeur de français ne peut être réduit ni à un transmetteur de règles ni à un simple animateur d’activités.

Son rôle consiste à organiser une progression, expliquer les difficultés, choisir des textes adaptés et accompagner les élèves dans leur appropriation de la langue.

Il doit également transmettre une culture littéraire et apprendre aux élèves à lire avec attention.

Cette mission nécessite une solide formation disciplinaire. Pour enseigner la grammaire, analyser une œuvre ou corriger un texte, le professeur doit maîtriser précisément les notions concernées.

La connaissance des méthodes pédagogiques reste également indispensable. Savoir une notion ne signifie pas automatiquement savoir l’enseigner.

La formation des enseignants doit donc associer :

  • maîtrise de la langue et de la littérature ;
  • connaissance des programmes ;
  • méthodes pédagogiques ;
  • expérience en classe ;
  • analyse des difficultés des élèves ;
  • accompagnement par des enseignants expérimentés.

Le numérique et l’enseignement du français

Les outils numériques ont transformé les pratiques de lecture et d’écriture. Les élèves consultent des contenus variés, rédigent sur des écrans et utilisent parfois des correcteurs automatiques.

Ces outils peuvent être utiles pour accéder à des œuvres, comparer plusieurs versions d’un texte ou faciliter certains exercices.

Ils présentent aussi des limites.

La lecture sur écran favorise parfois une consultation rapide et fragmentée. Les correcteurs automatiques peuvent masquer les difficultés sans permettre de comprendre les règles. La multiplication des contenus rend également nécessaire un apprentissage rigoureux de la vérification des sources.

Le numérique doit donc rester un outil au service des apprentissages. Il ne remplace ni la lecture attentive, ni l’écriture régulière, ni les explications du professeur.

Redonner une cohérence à l’enseignement du français

Améliorer l’enseignement du français ne suppose pas de revenir mécaniquement aux pratiques d’une époque passée.

Il faut plutôt identifier ce qui permet réellement aux élèves de progresser.

Plusieurs principes peuvent guider cette reconstruction :

  • accorder suffisamment de temps aux apprentissages fondamentaux ;
  • établir des progressions claires ;
  • enseigner explicitement les règles de la langue ;
  • faire écrire régulièrement les élèves ;
  • corriger les erreurs de manière compréhensible ;
  • lire des œuvres complètes ;
  • maintenir des exigences adaptées à chaque niveau ;
  • proposer un accompagnement rapide en cas de difficulté ;
  • former solidement les enseignants ;
  • évaluer les connaissances avec des critères précis.

La réussite des élèves ne peut pas reposer uniquement sur la motivation ou sur la multiplication des activités. Elle dépend également de la clarté des objectifs et de la continuité des apprentissages.

Transmettre une langue commune

L’enseignement du français poursuit enfin une mission collective.

Une langue commune permet aux individus de communiquer, d’accéder aux connaissances, de comprendre les institutions et de participer aux débats publics.

Les inégalités de maîtrise du français produisent des conséquences durables. Elles influencent la réussite scolaire, l’accès à l’emploi, la capacité à accomplir des démarches et la possibilité de défendre ses droits.

L’exigence scolaire ne doit donc pas être perçue comme une manière d’exclure les élèves. Elle constitue au contraire une condition de leur autonomie.

Transmettre la langue, la littérature et les méthodes du raisonnement revient à donner à chacun les moyens de comprendre le monde, d’exprimer sa pensée et de poursuivre librement son parcours.