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RECONSTRUIRE L'ECOLE


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MAIS, dit la présidente...



Par Françoise Guichard, présidente de Reconstruire l'école

Cette chronique  --  dont le titre constitue un petit clin d'oeil aux vieux lecteurs de
L'Huma qui se souviennent avec émotion du billet d'André Wurmser - se propose de suivre l'actualité de l'Ecole, avec plus ou moins de régularité sans doute, ne serait-ce qu'en fonction des événements. Tout en étant fidèle aux principes qui font la spécificité de Reconstruire l'Ecole,  elle n'a pas la prétention de refléter systématiquement tout le point de vue de l'association, mais aussi de poser des questions et d'ouvrir, s'il le faut, des débats.

Les marronniers de la rentrée sont toujours debout

La situation n'est pas grave, non, elle est désespérée. Dans le huis clos des salles de professeurs, c'est à qui aura la classe la plus chargée, l'emploi du temps le plus minable, l'horaire le plus aberrant. Même dans les lycées de centre ville, qui se croyaient protégés par leur recrutement, leurs CPGE et leur discours "élitiste", on sabre dans les services, à la recherche de quelques misérables heures à gratter coûte que coûte, quel que soit l'investissement des équipes ou le prestige des matières dans lesquelles on sabre (1).

Aucune originalité, certes, à constater que la rentrée de septembre 2011 est en passe de battre les records en termes de pénurie, les coupes claires dans les effectifs enseignants allant de pair avec une réforme du lycée si catastrophique qu'on en vient à se demander si l'objectif recherché avec la mise en place de cette usine à gaz que sont enseignements d'exploration, accompagnement personnalisé, aide individualisée, heures d'orientation et autre vie de classe, n'est pas précisément de donner le coup fatal au peu qui reste du bon vieux lycée napoléonien, ce pelé, ce galeux, dont nous vient tout le mal.

On a longtemps opposé, dans le débat sur l'École, quantitatif et qualitatif. En se focalisant sur les méthodes et les programmes, les "Républicains", pour aller vite, ont parfois pu laisser croire que la question des moyens était secondaire - et c'est ce cheval que les Olympiens qui nous gouvernent se sont empressés d'enfourcher, en expliquant à qui voulait les entendre que l'on pouvait faire mieux avec moins : ces bonnes âmes reprochaient "aux syndicats", hydre budgétivore aux cent têtes et dont la raison d'être, comme chacun le sait, se borne à réclamer toujours et plus encore l'argent de nos impôts, de ne raisonner qu'en termes de quantitatif. Dans ce sens, l'actuelle situation de pénurie a l'avantage de la clarté : une réforme du lycée qui réduit les savoirs à la portion congrue, aucune réflexion de fond sur les méthodes et les programmes - d'autant que la formation des stagiaires est passée à la trappe à phynances du père Ubu - et une telle quantité de postes supprimés que les établissements, de l'aveu même des principaux et proviseurs, ne peuvent plus fonctionner. L'alternative n'est plus entre quantité et qualité, puisque, grâce à Luc Chatel et ses jolis ciseaux, nous n'avons plus ni l'une ni l'autre. Grippeminaud, le bon apôtre, pour les mettre d'accord les croqua l'un et l'autre. Ni programmes, ni méthodes, ni crédits. Zéro plus zéro, la tête à Toto.

Et, comme il n'y a pas de petits profits, comme disait ma grand-mère, on râcle sur tout ce qu'on peut. C'est ainsi que le GRIP-SLECC (2) se voit sucrer sa maigre subvention : à la trappe le GRIP ! Et peu importe que ce réseau d'instituteurs obtienne partout d'excellents résultats : serrer la ceinture, tel est le mot d'ordre. Quant à l'ONL, l'Observatoire National de la Lecture, censé "recueillir et exploiter les données scientifiques disponibles afin d'éclairer l'apprentissage, le perfectionnement de la lecture et les pratiques pédagogiques", il est purement et simplement supprimé (3). Tant pis pour ceux à qui la nomination annoncée de Danièle Sallenave avait donné quelques espoirs... A la trappe l'ONL !

Que faire ? En cette année électorale, il ne faudrait pas que les enseignants, tétanisés par une accumulation de mesures toutes plus négatives les unes que les autres, attendent miracle et salut d'une alternance politique dont on peut craindre, quand on lit les propositions pour l'École des candidats socialistes, qu'elle ne réglera que fort peu les problèmes de l'heure. Ceci ne signifie pas pour autant que "Reconstruire l'École" ne prendra pas sa place dans le débat électoral sur les questions d'enseignement et d'éducation, naturellement. Mais les urgences sont ailleurs.

Ici et là, naissent des initiatives, certaines pittoresques et accrocheuses, comme le "Collectif contre le dépouillement de l'école" (4), qui propose à la fois un manifeste à signer et une liste de diffusion (5) susceptible de rassembler et de "fédérer des volontés autour d'actions originales". Nous espérons fermement que ce mouvement rassemblera suffisamment d'énergies pour faire entendre, autant que faire se pourra, la voix de ceux qui croient qu'une Ecole de l'instruction est encore possible - et dans ce mouvement, notre association prendra toute sa place.




(1) Voir Le Blog de la Présidente
(2) Voir http://www.slecc.fr/GRIP.htm
(3)Voir JORF n°0211 du 11 sept. 2011, page 15314http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000024546725&dateTexte=&categorieLien=id
(4) Voir http://ecole.depouillee.free.fr/
(5)Voir http://ecole.depouillee.free.fr/spip.php?article1