Socle commun ?




Le "socle commun " institué par la loi Fillon de 2005 et conforté par la loi Peillon de 2013 est la pierre angulaire de toute la réforme du collège. Toute la réforme s'appuie sur ce dispositif et n'a qu'un seul but, le mettre en place. Tous les programmes, toute la pédagogie, tous les manuels doivent être refondus en fonction de la tyrannie exclusive du "socle commun".

C'est d'ailleurs lorsqu'elle a pris conscience de cette tyrannie qu'Annie Genevard, membre du Conseil national des programmes, a donné sa démission.

Or pourquoi le "socle commun" représente-t-il la pire menace qui puisse peser sur l'enseignement au collège ?

Pour répondre à cette question, il suffit d'être attentif aux termes qui composent cette expression.

A priori, un "socle", c'est rassurant, cela a quelque chose de solide qui inspire confiance.

Mais ce "socle" doit être "commun", et c'est là qu'une explication est nécessaire pour ne pas se laisser abuser par ce terme.

Tout le monde, hommes politiques en tête, prend cet adjectif en un sens éminemment sympathique : en effet, "commun", c'est, à première vue, "convivial", "collectif", "républicain", "fédérateur", "unificateur", etc..

Or le véritable sens de l'adjectif "commun", le sens précis que lui ont donné les concepteurs du "socle", c'est : "qui doit être validé en fin de 3ème pour tous les élèves de collège quelles que soient leurs capacités", donc même pour les plus faibles.

Le "socle commun" doit donc se limiter à dispenser le minimum des minimums à tous les élèves.

Tout ce qui dépasse le "socle" est supprimé (allemand bi-langue, latin, etc.), et les élèves qui en demanderaient plus sont ignorés.

Le qualificatif "commun" apporte donc en lui-même la preuve irréfutable que le "socle commun" institutionnalise l'ignorance, le nivellement par le bas.

C'est comme si on pla├žait la corde à 1 cm du sol et que l'on en concluait que tous les élèves savent sauter en hauteur.


Assigner un objectif aussi limité à l'enseignement au collège n'est conforme ni à la Constitution ni à nos convictions de professeurs.

C'est la raison pour laquelle nous devons combattre le "socle commun" de toutes nos forces et obtenir le retrait de cette réforme destructrice.


Jean Happel
agrégé des Lettres


Publié le 11 septembre 2015