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INITIATIVE POUR DES ASSISES NATIONALES DE L'ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR -RECONSTRUIRE L'ÉCOLE (I.A.N.E.Sup-RE)

L'Université souffre d'un excès de réformes. Alors qu'aucun bilan n'a été tiré de la semestrialisation, des modules-découverte, du monitorat ou de la compensation, décrets et arrêtés pleuvent depuis un an dans une indifférence à peu près générale : c'est la réforme-Allègre.

1. Le plan U3M implique un redécoupage de la carte universitaire avec la création de quelques "pôles d'excellence" et le décrochage de la plupart des universités, condamnées à délivrer des diplômes sans valeur.

2.  La Loi sur l'innovation interfère avec  le plan U3M. Dans ce cadre, la recherche est soumise aux intérêts du privé et à la politique des régions. Les sciences fondamentales sont sacrifiées au profit des "incubateurs" et autres "start-up" d'entreprises. Des secteurs entiers (en particulier les UFR et Départements de Lettres et Sciences humaines) vont voir leurs budgets rétrécir comme peau de chagrin. Pour ne prendre que deux exemples : création d'un "pôle d'excellence emballage" à Reims (à cause du champagne) et peut-être, si la région veut bien, d'un "pôle patrimoine" (à cause de Clovis) ; création d'un "pôle d'excellence Arts / Technologies/Management" à Nancy (par fusion des Beaux-Arts, des Mines et de l'Institut Commercial). Dans ces deux universités, toutes les autres formations sont mises à l'encan. Et il en va de même un peu partout en France.

3.  Dans la nouvelle définition des cursus (3/5 ou 8), la licence devient un diplôme de premier cycle, la maîtrise ne signifie plus rien et le DEA est pris en tenaille entre le deuxième et le troisième cycles. Claude Allègre a introduit une distinction subtile entre diplôme et grade. Il a décidé que le mastaire ne serait pas un diplôme mais un grade. Rappelons que jusqu'à présent tous les grades universitaires (bachelier, licencié, agrégé, docteur) correspondaient à des diplômes et des cursus bien définis. Ce ne sera plus le cas. Le Ministre se réserve le droit d'accorder le mastaire à son gré à toute formation de niveau Bac+5, y compris par "validation des acquis professionnels". Les IUFM ont fait pression pour que les stages pédagogiques soient compris dans le lot (ce sera chose acquise dans le cadre du nouveau Capes). Les titulaires d'un DEA ou d'un DESS auront ainsi le même titre que les professeurs des écoles ou les capésiens stagiaires. Quant aux agrégés, il faudra qu'ils attendent un an de plus. Le "corps unique des maîtres depuis la maternelle au Collège de France" est en bonne voie. Qui va s'inscrire en thèse? Ceux qui ne s'estimeront pas capables d'enseigner dans le primaire ou le secondaire ?

4. La CPU s'inquiète à juste titre de cette "mastairisation des stages" qui, impliquant la dévalorisation du DEA, aboutira à sa disparition pure et simple ou, plus exactement, à sa transformation en diplôme de fin d'études dans les Universités de "seconde zone". La formation à la recherche se fera donc directement dans le cadre Bac+8  : n'oublions pas la nouvelle formulation des cursus (3/5 ou 8). Seuls les "pôles d'excellence", très peu nombreux dans les cursus traditionnels de Sciences et de Lettres, pourront se permettre d'assurer de telles formations.

5.  Le démantèlement de l'ENS-Ulm (voté par le CA en juin dernier) pour en répartir les différents secteurs dans la carte des "pôles d'excellence Ile de France" et la création d'un "troisième concours" à tous les niveaux (Bac+2, +3, + 4, +5) impliquent, à brève échéance,la disparition des classes-prépa dans leur fonction actuelle, y compris les maths-sup et les maths-spé où ne subsistera plus que la filière-ingénieur. Quant à l'ENS-Fontenay, elle déménage à Lyon en septembre : Philippe Meirieu, directeur de l'INRP et professeur de "Sciences de l'Éducation" à l'Université de Lyon, voudrait en faire, eu égard à sa "vocation pédagogique", un super-IUFM.

6.  Les réformes du primaire, du secondaire et du Baccalauréat (avec, pour ce dernier, contrôle continu, "travaux personnels encadrés", suppression de la dissertation, etc.) vont emplir nos amphis d'étudiants encore moins aptes qu'aujourd'hui à suivre des études universitaires. Alors que la situation est déjà catastrophique en Lettres depuis de nombreuses années, les Facs de Sciences commencent à être durement touchées par le phénomène. Ce sera bientôt infiniment pire.

7. Le nouveau CAPES de Langues comporte un oral sans programme ni contenu, dont chaque "épreuve" compte trois fois plus que la dissertation ou l'analyse de textes à l'écrit. Or, avant même d'avoir été appliqué dans les langues autres que l'anglais, ce "nouveau Capes" est déjà caduc. Dans la frénésie de réformes qui caractérise la politique du Ministère, il y a toujours plus nouveau que le nouveau...

8. En effet, le Plan de cadrage sur la formation des enseignants publié le 7 février dernier et très légèrement remanié depuis implique, pour la rentrée 2001, une refonte complète du système de recrutement des professeurs du secondaire : délocalisé dans les IUFM, semestrialisé et pédagogisé, le nouveau CAPES   aura des conséquences terrifiantes sur l'organisation des cursus universitaires et sur la formation des futurs professeurs. Des menaces, encore imprécises, planent aussi sur l'agrégation : on parle d'un concours tous les deux ans dans les "disciplines vieillissantes", selon le joli mot de notre Ministre, - Lettres classiques, Philosophie, Langues rares (dont l'Allemand) ; d'un gel (?) des programmes jusqu'en 2002 ; d'un avancement de l'écrit en janvier-février (avec les "allègements" de programmes correspondants) ; du remplacement de la leçon - qui est dans le collimateur des experts en professionnalisation - par une "analyse de documents" dans les disciplines littéraires, etc.

Nous demandons l'abrogation de l'arrêté sur les CAPES de Langues et rejetons l'ensemble des mesures envisagées. Nous exigeons d'être consultés sur toute modification des concours de recrutement.

Nous invitons tous les enseignants et enseignants-chercheurs du Supérieur à se mobiliser contre cette entreprise de démolition du système éducatif, d'asservissement de la culture et de mépris des valeurs. Nous appelons à  des Assises Nationales de l'Enseignement Supérieur. Cette initiative ne peut avoir de succès que si chacun de nous se sent concerné et participe au niveau local à la mise en place des structures nécessaires à leur tenue. Nous souhaitons l'appui de tous les syndicats et associations professionnelles qui, partageant notre inquiétude, désireraient s'associer à notre démarche, que nous concevons comme un processus étalé dans le temps : nous espérons pouvoir convoquer une première session des Assises au début de l'année 2001. En attendant et à cause de l'urgence, nous invitons l'ensemble des enseignants et enseignants-chercheurs des universités françaises à participer à la

"Table-ronde sur l'avenir des Concours nationaux de l'Éducation nationale"


 

qui aura lieu à l'Université de Paris X-Nanterre le 28 avril 2000, Amphithéâtre E2, 15 h.-19 h.

Dans notre optique, cette première réunion nationale de réflexion sur les Concours est une étape dans la préparation des Assises de l'Enseignement Supérieur, qui doivent s'inscrire elles-mêmes dans la perspective d' États Généraux de l'Éducation.

Appellent à signer ce texte

Jean-Christophe ABRAMOVICI, Maître de Conférences, Lettres modernes, (Paris X-Nanterre), Pierre-Luc ABRAMSON, Professeur des Universités, Espagnol, (U. de Perpignan). F.AELUCWEL, Vacataire, Hébreu (U. de Nancy II). Christine  AGUILAR-ADAN, Professeur CPGE, Première supérieure, (Lycée Albert Schweitzer, Le Raincy). Christian ANDRES, Professeur des Universités, Espagnol, (U.d'Amiens). Pierre ARIAS, Professeur CPGE, Préparation HEC. Nancy BERTHIER, Maître de Conférences, Espagnol, (U. de Paris IV). Viviane CARASSO, Assistant d'Espagnol, (U. de Paris IV). Elsa CHAARANI, Maître de Conférences, Italien (U. de Nancy II). Marie CORDOBA, Maître de Conférences, Espagnol, (U. de Paris VIII). Pedro CORDOBA, Maître de Conférences, Espagnol, (U. de Reims). Christophe COUDERC, Maître de Conférences, Espagnol, (U. de Paris IV). COURDIER, PRAG, Allemand (U. de Nancy II). Charles COUTEL, Professeur des Universités, Philosophie du Droit, Vice-Doyen de la Faculté de Droit de Douai, (U. d'Artois), Président de l'Association des Professeurs de Philosophie de l'Enseignement Public. Françoise CRÉMOUX, Maître de Conférences, Espagnol, (U. de Paris VIII). Élisabeth DOUVIER, Professeur des Universités, Espagnol, (U. de Reims). Sandrine DUBEL, Maître de Conférences, Lettres classiques, (U. de Reims). Marie FRANCO, Maître de Conférences, Espagnol, (U. de Paris VIII). Jean-Luc GAUTERO, Maître de Conférences, Histoire des sciences, (U. de Nice). Yves GERMAIN, Maître de Conférences, Espagnol, (U. de Paris IV). Anne-Florence GILLARD-ESTRADA, ATER, Anglais, (U. de Rouen). GRAZIOLA-ROGET, Maître de Conférences, Italien (U. Marc Bloch de Strasbourg). Sylvie GRIMM-HAMEN, Maître de Conférences, Allemand (U. de Nancy II). Brigitte de GUILLEBON, Maître de Conférences, Anglais (U. de Nancy II). Catherine HEYMANN, Maître de Conférences, Espagnol, (U. d'Angers). Jacques ISSOREL, Professeur des Universités, Espagnol, (U. de Perpignan). Dominique JANNICAUD, Professeur des Universités, Philosophie, (U. de Nice). Denis KAMBOUCHNER, Professeur des Universités, Philosophie, (U. de Paris X-Nanterre). Isabelle KRZYWKOWSKI, Maître de Conférences, Lettres modernes (U. de Reims). Pierre LABERTIT, Professeur des Universités, Espagnol, (U. de Nancy II). LAVAL-MUÑOZ, ATER, Espagnol (U. de Nancy II). Claude LE BIGOT, Professeur des Universités, Espagnol, (U. de Rennes II). Florence LELAIT, ATER, Allemand (U. de Nancy II). Emmanuel LYASSE. MAHOUX-PAUZIN, Maître de Conférences, Anglais,(U. de Nancy II). Christine MARGUET, Maître de Conférences, Espagnol, (U. de Paris VIII). Marie-Claire MÉRY, Maître de Conférences, Allemand (U. de Nancy II). René METRICH, Professeur des Universités, Allemand, (U. de Nancy II). Paul-Antoine MIQUEL, Maître de Conférences, Philosophie, (U. de Nice). Marie MIRANDA, Professeur des Universités, Espagnol, (U. de Nancy II). Antoine NIVIÈRE, Maître de Conférences, Russe (U. de Nancy II). Miguel OLMOS, Maître de Conférences, Espagnol, (U. de Paris VIII). Christine OROBITG, Maître de Conférences, Espagnol, (U. de Dijon). Pierre PÉGEOT, Professeur des Universités, Histoire (U. de Nancy II). PEIFER, Vacataire, Lettres modernes (U. de Nancy II). Gérard PÉRI, Maître de Conférences, Italien (U. de Nancy II). Nathalie PEYREBONNE, Maître de Conférences, Espagnol, (U. d'Arras). Marie POUMIER, Maître de Conférences, Espagnol, (U. de Paris VIII). Danièle QUÉRUEL, Professeur des Universités, Lettres modernes, (U. de Reims). Josette RIANDIÈRE DE LA ROCHE, Maître de Conférences honoraire, Espagnol, (U. de Paris III). Miguel RODRIGUEZ, Maître de Conférences, Espagnol, (U. de Reims). Carole TALON-HUGON, Maître de Conférences, Philosophie, (U. de Nice). Pascale THIBAUDEAU, Maître de Conférences, Espagnol, (U. de Poitiers). A. TOZEL, Professeur des Universités, Philosophie, (U. de Nice), Joseph URBAS, Maître de Conférences, Anglais, (U. de Paris X). Nicolas WEIL-PAROT, ATER, Histoire, (U. de la Sorbonne). Françoise WILLMANN, Maître de Conférences, Allemand (U. de Nancy II).

[NB. Certains noms figurant sur la liste manuscrite transmise par Nancy II étaient difficilement lisibles. Toutes nos excuses aux collègues dont le nom aurait été estropié. Et rectification lors d'un prochain envoi]
 

Imprimez ce texte, photocopiez-le, affichez-le, diffusez-le auprès de tous vos collègues.
SIGNEZ ET FAITES SIGNER

Pour signer, envoyer des listes de signataires émanant des Départements et UFR, demander des renseignements sur la démarche, recevoir des informations sur le nouveau Capes et sur la mobilisation dans les Facs, les prépas, les Associations professionnelles et les Jurys, vous pouvez vous adresser en attendant la constitution très prochaine d'un Comité provisoire d'organisation des Assises à :
Pedro Cordoba
2 place Pierre Sémard
94 600 Choisy le Roi
pedrocor@club-internet.fr
 
 


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