Contre la politique de démantèlement de l’enseignement supérieur et de la recherche universitaire.
Pour la démission de Claude Allègre


Par le Comité anti-Allègre de l'enseignement supérieur et de la recherche, transmis par Jean-Marie Brohm


La politique de MM. Jospin et Allègre apparaît aujourd’hui comme une attaque frontale sans précédent contre l’École et l’Université de la République, ses personnels, ses missions d’enseignement et de recherche et ses traditions d’excellence. Avec acharnement et méthode cet inséparable duo tente d’imposer à la hussarde une profonde dénaturation de l’institution éducative française, au nom d’un prurit de « réformes » dont le seul objectif est l’adaptation bureaucratique à la mondialisation libérale, aux forces économiques dominantes et à la logique du marché. Devant les résistances croissantes de tous les personnels de l’Éducation Nationale et de l’Enseignement supérieur, M. Allègre n’hésite plus à utiliser des méthodes indignes d’un ministre :
– Dénigrement systématique et insultant du métier d’enseignant, d’enseignant-chercheur et de chercheur, avec recours à la désinformation, à la démagogie populiste ou à la propagande diffamatoire (sur « l’absentéisme », « l’absence d’initiative » et la « routine » des enseignants, leurs prétendus « privilèges », « l’immobilisme » et le « corporatisme » des chercheurs).
– Orchestration médiatique d’une politique-spectacle par de prétendues « consultations nationales » (opération-bidon de Meirieu and co) dont le sérieux scientifique est inversement proportionnel aux moyens financiers dilapidés en pure perte.
– Décisions administratives arbitraires et unilatérales qui sont autant d’atteintes aux droits et aux statuts des enseignants et des chercheurs : imposition du « lycée light » (diminution des heures d’enseignement, programmes allégés, amputation des disciplines), baisse des rémunérations, déconcentration aléatoire du mouvement, attaques sur la formation continue, mises en cause graves et répétées des structures de la recherche universitaire, volonté de démantèlement du CNRS, etc.
– Suppressions de postes et diminution drastique des postes aux concours de recrutements (Capes, agrégations), notamment en philosophie, discipline dérangeante ainsi budgétairement étranglée.
– Utilisation de plus en plus systématique et massive d’emplois-jeunes précaires et non qualifiés, de personnels vacataires et contractuels exploités et hors statuts se substituant aux personnels titulaires, ce qui a pour effet d’introduire la flexibilité, l’atomisation et le nomadisme (« mobilité ») des personnels, rêve de tous les idéologues ultra-libéraux.
– Culpabilisation à grande échelle – de concert avec les autres officines gouvernementales « plurielles » de la pensée unique – du monde de l’enseignement et de la recherche. Selon MM. Allègre et Jospin et leurs « experts » (Meirieu, Attali et consorts) notre système de formation serait tout à la fois incapable de répondre à la compétitivité des entreprises et aux besoins du marché du travail, de résorber le chômage des jeunes, de réussir l’intégration républicaine, de résoudre la crise des valeurs et de prévenir les violences urbaines. Ainsi désignés à la vindicte populiste, les enseignants et les chercheurs deviennent les cibles émissaires des carences patronales et gouvernementales. Pendant qu’on empêche le système de formation de fonctionner correctement (par absence de moyens, réformes incohérentes, gestion bureaucratique et effets d’annonces) et de remplir ainsi sa véritable mission républicaine : la conservation, la transmission et le développement des savoirs et de la culture pour toutes et tous, on lui demande dans le même temps de répondre à des « missions impossibles » qui ne sont ni de sa compétence, ni de sa vocation : on exige ainsi que les enseignants – d’abord dans les collèges et lycées, puis inévitablement dans les prépas, les facs et les grandes écoles – se métamorphosent en assistantes sociales, conseillers psychologues, tuteurs-grand-frères, animateurs socio-culturels et, pourquoi pas, moniteurs sportifs.
Il y a là une véritable dénaturation du rôle de l’enseignement et du statut des enseignants.
De surcroît, MM. Jospin et Allègre mentent ou dissimulent leurs objectifs politiques :
- En prétendant répondre aux « attentes du milieu », qui est supposé avoir été « consulté » dans la « concertation » (la fameuse « méthode Jospin ») et en minimisant l’ampleur et les effets négatifs de leur politique de « restructuration », alors qu’il s’agit d’une politique appliquée brutalement et autoritairement. MM. Jospin et Allègre aiment manifestement les oukases.
- En essayant de diviser et d’opposer entre eux les différents secteurs de l’enseignement, les disciplines scolaires ou universitaires, les universités et, bien sûr, les personnels. Or, il s’agit d’une seule et même politique appliquée avec méthode et détermination de l’école maternelle à l’Université.
- En faisant le contraire de ce pour quoi une grande partie de l’opinion enseignante avait voté pour eux, faute de mieux. Après les privatisations ouvertes ou rampantes des entreprises publiques et des services publics, que la « Gauche plurielle » met en œuvre sans états d’âme (après avoir promis de ne pas le faire...), après les menaces frontales contre les fonctionnaires assimilés à des « planqués » et des « privilégiés », MM. Jospin et Allègre s’attaquent à présent à la « forteresse » enseignante, applaudis par toutes les forces réactionnaires ultra-libérales. Le « Mammouth », animal préhistorique fossile, est même censé incarner les « archaïsmes », « rigidités », « corporatismes », « fonctionnarismes » scandaleusement imputés par M. Allègre au monde enseignant.
Ce ministre doit démissionner sans tarder, non seulement parce que les enseignants et les chercheurs sont aussi des électeurs, mais parce qu’ils sont directement visés par une politique qu’ils rejettent massivement. Cette politique qui a démontré sa nocivité dans le primaire et le secondaire est aujourd’hui « testée » dans la recherche et l’enseignement supérieur.
– La recherche fondamentale est gravement menacée tant dans ses structures que dans ses finalités. Les réformes imposées contre l’avis de l’immense majorité de la communauté scientifique, les restrictions budgétaires (toujours pour « dégraisser »...), le saupoudrage des moyens et surtout l’imposition autoritaire des thématiques, des champs, des objets, voire des méthodes de recherches visent à « caporaliser » les chercheurs et à « piloter » la recherche selon les objectifs strictement utilitaristes de la pensée unique – rentabilité économique immédiate, professionnalisation des doctorants, flexibilité accrue des chercheurs, soumission des programmes de recherche aux demandes régionales ou patronales, « expertise » des recherches par des cabinets-conseils extérieurs à la communauté scientifique, mise en concurrence des centres de recherches selon le modèle libéral, etc.
– Chamboulement chaotique des cursus universitaire à coups de circulaires palimpsestes où toute « réforme » en cache une autre dans la précipitation et l’improvisation. Le résultat en est la paralysie des établissements, la gabegie administrative, la démobilisation des universitaires et, plus grave encore, la désorientation des étudiants de plus en plus victimes de l’échec programmé.
– Les cursus de 3 ème cycle (DEA, doctorats) sont remis en cause dans un flou institutionnel savamment entretenu par le Ministère. Les conséquences en sont déjà évidentes : dotations insuffisantes, étranglement voir suppression des équipes de recherche habilitées, formations écourtées, professionnalisation des doctorants ainsi destinés à devenir prestataires de services pour les forces économiques locales, avec à terme la disparition de la recherche universitaire de 3 ème cycle et la secondarisation des enseignants-chercheurs du supérieur.
– Attaques démagogiques contre l’agrégation, les classes préparatoires et les grandes écoles, c’est-à-dire contre l’excellence scolaire, la « qualité de la science », et la formation universitaire de haut niveau, sous le prétexte fallacieux de lutter contre « l’élitisme » et « l’échec scolaire », certes réel, mais qui n’est sûrement pas le produit de ces structures.
– La mise en œuvre déguisée, mais effective, du rapport Attali (éminent « chercheur » s’il en fût et surtout sémillant conseiller du Prince) vise à bouleverser les formations supérieures selon le schéma de « l’harmonisation européenne », c’est-à-dire ultra-libérale et « à l’américaine ». Ce schéma « 3-5-8 », qui cherche à opposer concurrentiellement des « pôles d’excellence », ne peut avoir que des conséquences négatives :
- La remise en cause du service public de l’Enseignement supérieur, du caractère public, laïque et démocratique des formations supérieures et surtout des concours et diplômes nationaux.
- Le développement inégal des établissements mis en concurrence selon leurs ressources « autonomes », qui ira de pair avec le désengagement progressif des pouvoirs publics : un Enseignement supérieur « à deux ou trois vitesses ».
- La soumission de la recherche publique à des exigences de rentabilité financière, à une pure logique comptable (comme dans la santé publique...) et à un pilotage autoritaire par des « experts » non élus par la communauté scientifique (à l’image des experts de la commission de Bruxelles...). MM. Meirieu et Attali sont un parfait exemple de ce règne des experts qui se substituent aux choix politiques démocratiques.
- La mise en place de mécanismes subtils mais efficaces de sélection, de filtrage et d’orientation des étudiants selon les logiques du cloisonnement des cursus et de répartition inégalitaire des offres, dotations et ressources. L’Université privée de M. Pasqua en Hauts de Seine en avait déjà fourni l’exemple...
- La transformation rapide du statut des enseignants-chercheurs voués à être des prospecteurs de sponsors, des managers de « l’innovation technologique », des tuteurs professionnalisants des doctorants et enfin des chefs d’entreprises innovants.
- La précarisation accrue des milliers de doctorants et chercheurs vacataires condamnés à errer sur le marché du travail à la recherche d’emplois déqualifiés parce que la politique de MM. Jospin et Allègre empêche de créer de l’emploi public scientifique et des postes d’enseignants-chercheurs en nombre suffisant. L’intérêt véritable de la Nation est là pourtant et non dans la dérégulation libérale autoritaire de l’Enseignement supérieur et de la recherche.


COMITÉ ANTI-ALLÈGRE
DE L’ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR
ET DE LA RECHERCHE

1er Février 1999.