Sommaire. lettre d'information n° 1

Au sommaire de ce premier bulletin d'information (mars 1999)

L'après-Allègre

Reconstruire l'école

Compte rendu de l'assemblée générale du 30 janvier 1999

Groupes de réflexion

Le bureau provisoire de l'association


éditorial

L'après-Allègre

La mobilisation des enseignants contre la politique scolaire de Claude Allègre, circonscrite à la région parisienne au cours des mois de janvier et février, prend désormais une dimension nationale. Reconstruire l'école, qui a impulsé ce mouvement avec la Coordination des établissements du Nord-parisien et le Collectif pour la démission d'Allègre, se réjouit d'un tel résultat, auquel nos trois organisations ont travaillé sans relâche : pour la première fois depuis deux ans, il existe enfin une possibilité sérieuse de faire échec à la politique désastreuse du gouvernement en matière d'éducation.
Mais, à supposer qu'on y parvienne — ce que l'actualité permet raisonnablement d'espérer — une telle victoire risque d'être sans lendemain si l'on ne s'en saisit pas pour engager un processus irréversible de reconquête du débat public sur l'école. Telle est la responsabilité propre de Reconstruire l'école dans le mouvement en cours, et la raison pour laquelle il nous faut sans tarder nous mettre au travail.
Ce premier numéro de notre Lettre d'information a pour unique ambition d'inciter les uns et les autres à mettre en commun réflexions, témoignages, analyses et propositions, afin que Reconstruire l'école réalise sa première tâche : rassembler les personnels pour devenir un instrument de résistance à l'entreprise politique et idéologique de destruction de l'école.

Reconstruire l'école

Aucune institution n'a connu autant de réformes que l'institution scolaire, et pourtant le débat sur l'école, en dépit ou à cause de sa médiatisation bruyante, souffre toujours d'un évident déficit démocratique. Les partisans des réformes, quelles qu'elles soient, n'ont pas d'autre argument à opposer à leurs adversaires que de les accuser de conservatisme afin de disqualifier par avance toute critique. Mais si un tel procédé permet d'éluder en permanence le débat de fond, la situation réelle de l'école, qui dans le même temps ne cesse de se dégrader, exige au contraire ce débat. Le discours dominant sur l'école, pétri de fausses évidences, de certitudes parées d'une scientificité usurpée ou de slogans purement démagogiques, parce qu'il interdit toute tentative de réflexion sérieuse, finit par devenir l'obstacle principal aux indispensables améliorations à promouvoir. Il est temps de rompre ce cercle vicieux et d'opposer à ce discours la pratique réfléchie de ceux qui font l'école au lieu de se contenter d'en parler.

Reconstruire l'école a été fondée dans cet esprit. Son ambition, exprimée dans la formule « états généraux de l'éducation », consiste d'abord à faire l'état des lieux et à dresser un bilan sérieux, objectif et argumenté de l'ensemble des réformes qui ont profondément modifié le système scolaire, sans l'avoir pour autant amélioré. Bien au contraire, les dysfonctionnements qui servent de prétextes aux réformes en cours sont le plus souvent à mettre au compte des précédentes, et l'on ne voit guère quel progrès pourrait résulter de la poursuite, voire de l'accélération, d'une politique éducative mal conçue, dont le seul résultat tangible est une dégradation spectaculaire des conditions d'enseignement que l'on cherche à dissimuler en décrétant que « les missions » de l'école ont changé, qu'elle n'est plus une institution consacrée à la transmission du savoir et de la culture mais un « lieu » de socialisation et d'apprentissage de la démocratie, un « lieu de vie » où doit se construire le « sursis à la violence ». En réalité, la massification de l'école s'est peu à peu substituée à l'objectif de sa démocratisation, faute qu'on en ait assumé les moyens et maîtrisé les effets. Et loin de renouer avec l'ambition légitime d'une authentique démocratisation, les réformes en cours y renoncent définitivement au profit d'une unification par le bas qui ne peut qu'accroître les inégalités qu'elles prétendent réduire, et favoriser l'entreprise déjà engagée de privatisation du savoir.

Naturellement, la poursuite d'un tel objectif n'est socialement acceptable qu'à la condition de tromper l'opinion publique sur sa vraie nature et de faire passer pour un progrès ce qui, à tous points de vue, constitue une effrayante régression. C'est pourquoi les réformateurs ont recours à des pédagogues dont le rôle est de faire admettre, vis-à-vis des parents aussi bien que des élèves et des enseignants, la nécessité de l'adaptation de l'école aux « nouveaux publics », ce qui se traduit, entre autres choses, par ces panacées que sont l'allégement des programmes, l'apprentissage de la démocratie à l'école, les nouvelles technologies, « l'apprendre à apprendre », la « culture commune », etc. Cette idéologie qui s'arroge l'appellation « pédagogique » alors qu'elle tourne le dos à tout bon sens éducatif, parvient néanmoins à séduire les esprits grâce aux relais médiatiques et politiques dont elle bénéficie. C'est pourquoi reconstruire l'école passe d'abord par la conquête d'un espace public de débat, d'analyse et de témoignage préservé des catégories réductrices et des caricatures médiatiques dont souffre depuis trop longtemps la question scolaire.

Cet espace, l'association Reconstruire l'école entend le créer et le développer au moyen de l'édition et de l'organisation de rencontres régulières, afin d'élaborer, en dehors de toute dogmatique, le contenu d'une autre politique scolaire qui ne se résigne pas à l'abandon des idéaux émancipateurs de l'école, mais qui ne se contente pas non plus de leur évocation abstraite. L'école que nous voulons est celle qui procure au plus grand nombre possible d'élèves la plus solide culture générale, par un travail à la fois libre et rigoureux qui doit commencer dès les premières années. C'est cette école qu'il faut promouvoir, et d'abord penser.




Assemblée générale du 30 janvier 99 - Compte-rendu

La première assemblée générale de Reconstruire l'école, réunie le samedi 30 janvier 99, a rassemblé dans une salle de classe du Lycée Henri IV, une quarantaine de participants, en dépit du fait que la date de cette réunion, arrêtée dès le début du mois, s'est trouvée malencontreusement coïncider avec une manifestation organisée à l'appel du Snes, du Collectif pour la démission d'Allègre ... et de Reconstruire l'école. D'où la nécessité d'organiser une deuxième assemblée générale, dans les plus brefs délais.
Une fois rappelé par le président provisoire l'historique de l'association, cette première rencontre a été consacrée d'une part, à la recherche, l'instauration ou la confirmation d'un accord, entre les participants, sur le sens et les objectifs de notre association, et en quelque sorte à une explicitation de ce qu'indique déjà son nom : collectif d'action et de réflexion. D'autre part, à des propositions et programme d'activités immédiates et à plus long terme.

I — La raison d'exister

de l'association est l'organisation dans la durée de la résistance au démantèlement en cours de l'école publique. Il s'agit de remédier une double carence : d'une part, la forte résistance de la majorité silencieuse à cette destruction du métier de professeur qu'est la réforme Meirieu-Allègre, reste individuelle, et son expression ne dépasse généralement pas la salle des professeurs, faute d'un lieu et d'une instance qui mette fin à cet isolement ; d'autre part, les actions de protestation ont la forme de réactions ponctuelles à des attaques sectorisées, et la tactique ministérielle empêche la mobilisation de l'ensemble de la profession. Il s'agit donc, pour mettre fin à l'atomisation des résistances, d'élaborer une vision de l'ensemble de la réforme, qui en révèle clairement la signification, de façon à solidariser les refus et constituer un front commun, au lieu de réagir au coup par coup et en ordre dispersé.
Par suite il est évident que l'association est ouverte à tous ceux qui tiennent à l'instruction, parents compris, et que le mot École doit être entendu au sens le plus large du terme, de la maternelle au Collège de France. L'institution est un tout, et toute intervention sur l'un de ses niveaux affecte l'ensemble, de même que la réforme de l'école est une intervention politique sur l'ensemble de la société. Cette solidarité organique objective, dont témoigne la présence active à l'assemblée de scientifiques chercheurs du CNRS mandatés par le bureau de leur syndicat, n'est pas toujours clairement aperçue des acteurs de l'institution, d'où une difficulté à fédérer les résistances et même à les susciter chez ceux qui ne voient pas toujours en quoi ils peuvent être concernés. On évoque à ce propos une relative inertie des universitaires, pourtant bien représentés dans l'assemblée, et surtout la neutralisation du « bélier étu-diant ». D'où le rappel de la fonction que s'est donnée Reconstruire l'école : coordonner toutes les résistances qui s'opposent à la mise sous tutelle de l'école par des intérêts qui sont étrangers à sa vocation, et reconstruire le lien perdu avec l'ensemble de la nation.
Il est encore précisé que reconstruire l'école n'est pas défendre ni conserver : ni obtenir un statu quo, ni revenir à une situation antérieure jugée idéale. Reconstruire suppose d'abord que l'école est déjà partiellement sinon détruite du moins malade des réformes successives dont elle a été la victime, et qui ne répondent nullement aux problèmes posés par l'entrée de la quasi totalité d'une classe d'âge dans les établissements de l'enseignement secondaire. Les IUFM, les collèges, réalisent déjà ce qui ne fait que commencer pour le primaire et le lycée. De ces réformes, il est urgent d'établir d'abord le bilan. La nécessité d'établir un diagnostic, un état des lieux, sous forme cahiers de doléances, revient à plusieurs reprises dans la discussion : on évoque la dégradation des relations dans les établissements, la violence sous toutes ses formes, et à tous les niveaux de l'institution, y compris au CNRS et au Collège de France, la dégradation des résultats scolaires, la médiocrité des prestations au baccalauréat, la dégénérescence du savoir conceptuel en savoir-marchandise, etc.
Reconstruire suppose ensuite que l'école publique n'est pas tant derrière nous que devant nous. Si l'instruction publique est une idée républicaine, la réalisation dans les faits de cette idée suppose une démocratisation réelle du savoir, une ré-flexion sur ses conditions, et une critique de son simulacre, la massification, qui aboutit à la déqualification généralisée des personnels, des savoirs et des diplômes délivrés.
Cette mise à plat de l'école doit déboucher sur la formulation de propositions concrètes, et tel est le double sens de la constitution d'États généraux de l'éducation.

Collectif de réflexion, l'association est en vue d'un travail de production de textes, d'analyses et de témoignages. L'esprit même de l'association, qui refuse de faire du profes-seur un pur exécutant de tâches définies ailleurs par des experts auto-proclamés, exclut la division du travail et sa conséquence, la pensée unique. Il s'agit de donner publiquement la parole sur l'école à ceux qui font la classe, en la reprenant à ceux qui la défont, aux casseurs de l'institution ; de mettre en commun les ressources, témoignages, analyses et d'en assurer la diffusion ; non pas d'établir une plate-forme à laquelle il serait demandé seulement d'adhérer par une signature. Il s'agit de donner à ceux qui enseignent l'initiative, en instau-rant une démocratie véritable, soucieuse d'exigences élevées pour tous dans la variété inventive des pratiques pédagogiques, de retrouver sans aucun dogmatisme un bon sens édu-catif. Son objectif l'inscrit nécessairement dans l'action à long terme, en quelque sorte organiser « l'après-Allègre », le départ de ce dernier étant le symbole du retrait des réformes en cours.
Mais il est nécessaire et urgent d'articuler action et réflexion. L'action spécifique de l'association est de donner la parole sur l'école à ceux qui la font et dont le savoir, conquis sur le terrain, est considéré comme nul et non avenu par les experts du ministère, sociologues, thérapeutes, qui font de l'école le lieu de dénouement des crises et de résolution des problèmes sociaux qu'on renonce a résoudre au lieu où ils se posent. Une action s'impose immédiatement en direction de l'opinion, directement, par la publication d'une plaquette d'information destinées aux parents, auxquels l'association est ouverte, comme à tout citoyen soucieux de la formation de la jeunesse ; indirectement en direction des médias qui ne sem-blent pas comprendre les raisons d'un refus et d'une résistance qui ne soit pas réactionnaire. Ce qui ne dispense nullement Reconstruire l'école d'intervenir dans les actions en cours, de s'associer à d'autres modalités d'intervention, plus conjoncturelles, comme actuellement le Collectif pour la démission, ou le Collectif pour le manifeste, y compris actions syndicales, pour obtenir l'abandon immédiat de la réforme projetée.
La question de l'engagement politique de l'association revient à plusieurs reprises, sans pour autant remettre en cause le fait qu'elle définit ses objectifs hors de toute appartenance partisane : s'agissant de restaurer le bon sens éducatif, nul groupe ne saurait prétendre en avoir le monopole. Néanmoins il y a unanimité des partis politiques sur une réforme non moins unanimement considérée par les membres de l'association comme destruction de l'école publique, réforme libérale qui ne dit pas son nom parce qu'elle est effectuée par un parti de gauche, ce qui produit chez beaucoup de profes-seurs un effet d'intimidation qui paralyse l'expression des refus. La conversion de la gauche au pouvoir aux valeurs du libéralisme économique, à la logique de l'entreprise et du marché, met en situation, dit-on, de « réinventer la gauche», une « pensée de gauche », au moins en matière d'éducation. D'où la question récurrente des rapports que Reconstruire l'école peut envisager nouer avec Raison d'agir. La difficulté est redoublée parce qu'une pédagogie libertaire vient donner sa caution idéologique à la réorganisation de l'institution scolaire sur le modèle de l'entreprise. Ainsi, c'est au nom de la démocratie que la discipline et les disciplines, soit le contrôle scolaire, sont remplacées par le contrôle, aussi bien sur les élèves que sur les professeurs, et la formation des uns et des autres par un formatage selon des modèles de comportement, soit un contrôle sociale ou un conditionnement. Certains cou-rants des sciences de l'éducation, médiatiquement dominants, permettent aujourd'hui l'alliance contre nature du socialisme et du libéralisme, et l'importation, par exemple, des techniques du « management à la menace » au nom de la démocratie et de l'égalité des droits à la réussite.

II — Actions prévues

Leur sens est de rendre visible l'organisation de la résistance de « ceux qui pensent » — littéraires et scientifiques — contre « ceux qui gèrent », afin qu'elle occupe une place dans le débat public.

- Production et diffusion de textes, de diagnostics et propositions issues du terrain, publications courtes et accessibles à tous, selon l'excellent modèle de la série Liber. D'abord sous forme d'une revue, ensuite d'une collection.
- Organisation d'un forum de discussion permanent, d'un rendez-vous régulier, autour des questions de l'éducation, de préférence avec l'aide des médias ; des contacts sont en cours, d'autres sont à créer. Ouverture d'un forum sur internet consacré à la consultation en cours concernant les collèges.
-Préparation d'un meeting, « états généraux de l'éducation », réunissant les amis et alliés de Reconstruire l'école, de la Société des Agrégés à Raison d'agir sans oublier les syndicats.

Une liste de thèmes de réflexion est proposée aux présents afin qu'ils s'y inscrivent. Un bureau provisoire est reconstitué, sur la base du volontariat, dans l'attente de prochaines élections. A ce propos est précisée la nécessité d'une présidence tournante, afin d'éviter la « personnalisation » de l'association. Une réunion du nouveau bureau provisoire est annoncée pour le samedi suivant afin de procéder à la répartition des tâches entre ses différents membres.



Groupes de réflexion

Les groupes de réflexion dont la liste apparaît ci-dessous ont été constitués lors de l'assemblée générale du 30 janvier. Cette liste n'est donc pas définitive : elle pourra être révisée lors de la prochaine assemblée générale, le 13 mars, en fonction des suggestions qui seront faites alors.
Chaque groupe est animé par un ou plusieurs coordinateurs qui se chargent de recueillir les contributions et d'organiser le travail collectif selon les modalités qui conviennent à chacun. Tout adhérent peut participer à autant de grou-pes de réflexion qu'il le souhaite.
Les coordinateurs des groupes de réflexion, avec les membres du bureau provisoire, constituent le comité directeur provisoire de l'association, jusqu'à l'organisation d'élections.
Chaque groupe est chargé, dans un premier temps, de constituer un dossier et d'affiner ses problématiques. Ses travaux seront publiés au fur et à mesure sur internet et dans une revue, dont la création est cependant encore soumise à l'extension du nombre d'adhérents de l'association.
A terme, les travaux de chaque groupe devraient pouvoir trouver place à l'intérieur d'une collection, et se diviser en trois catégories : recueil de témoignages ou enquêtes, rapports, analyses théoriques.
La constitution d'une bibliographie est également envisagée, ainsi que la rédaction de comptes rendus de lecture. La contribution de chaque adhérent à ce travail collectif de documentation est souhaitable.




1 — Historique des réformes

Coord. : Kathleen Barbereau (0143485289) ; Gilles Portaz (0144853848 - 0615233655) ; Marie-Christine Rémy (0143210888)
Les réformes projetées, engagées ou réalisées depuis une trentaine d'années ont profondément modifié l'école. Il est nécessaire d'en faire la synthèse, au moment où l'institution scolaire n'est plus, comme à la fin des années soixante, en accord avec la société. Des pistes de recherches pourront être développées sur les liens que les réformes, dans leur élaboration, leur conception et leurs auteurs entretiennent avec les aspects sociaux, politiques, juridiques, pédagogiques et le savoir. Ce travail pourra trouver son aboutissement dans la rédaction d'une synthèse, le rassemblement d'une documentation et l'élaboration d'une réflexion plus théorique sur la notion de réforme.


2 — Violence, morale, éducation à la citoyenneté

Coord. : Michèle Cohen-Halimi (0142292952) ; Dominique Dupart (0142640247 ) ; Fanny Darius (0142528598 )
Il s'agit d'analyser le diagnostic et le traitement proposés pour faire face au développement croissant de la violence dans les collèges et les lycées. Une pénalisation plus lourde des actes de violence est appelée à pallier jusqu'à nouvel ordre ce qu'une « éducation à la citoyenneté » devrait permettre à plus longue échéance d'enrayer. Les deux panacées, punitive et préventive, obéissent au même principe politique de réduction du civisme à la civilité, et symétriquement de la violence à l'incivilité. Au lieu de s'interroger sur la démocratisation de l'école comme remède possible à une violence d'origine sociale, économique et urbaine, on cherche à normaliser les comportements, ce qui a pour double effet une dévaluation politique grave du sens même de la citoyenneté aux yeux des lycéens (déjà citoyens ou futurs citoyens) et une forclusion de tout rapport sensé et fondé aux lois. La méthode gouvernementale n'est pas seulement politiquement désastreuse, elle a pour effet pervers de dispenser de la nécessité d'une analyse conjointe de la massification et de la démocratisation de l'école.


3 — Démocratisation et massification

Coord. : Salomon Assedo (0130907033); Marie-Christine Rémy ; Frédérique Evenou (0148045317 - 0662485317)

-Il s'agit de réfléchir à ce que peut et doit être une école démocratique. Il est facile de se convaincre en effet que la « démocratisation » de l'école, sans cesse invoquée pour justifier les réformes en cours, est le cache misère d'un enseignement de masse paupérisé et déqualifié. L'objectif de « démocratisation » doit être repensé à nouveaux frais, en tenant compte de sa progressive transformation, dans les faits d'abord, dans les discours ensuite, en « massification ». Celle-ci, longtemps honteuse, est désormais revendiquée comme telle grâce à un appareil idéologique qui emprunte au paradigme taylorien ses techniques de dépossession, ses méthodes d'organisation et ses objectifs de productivité et de rentabilité.
Il ne suffit pas de réclamer un enseignement à finalité culturelle pour tous si dans le même temps, on ne prend pas en compte les spécificités des filières générales, technologiques et professionnelles. L'argument du type « tous les élèves ont droit à la culture » a longtemps servi de dogme faussement unificateur et a fonctionné comme un déni de la diversité scolaire. Si nul ne veut des filières ghetto, chacun voit aussi les limites de l'hétérogénéité. Il faut y voir plus clair sur ces questions.


4 — Evaluation, contrôle scolaire, contrôle social

Coord. : Hervé Boillot (0142526580) ; Francis Cohen (0142292952)
L'évaluation, on le sait, joue un rôle central dans la réforme de l'enseignement. Le projet des Travaux Personnels Encadrés ne peut non plus manquer de susciter l'interrogation : qu'est-ce qu'on évalue ? Sur cette question, il faut discerner ce qui relève de l'exigence démocratique de transparence et ce qui relève de l'imposition à l'école d'une logique de contrôle social succédant à l'ère de la discipline et des disciplines.


5 — Programmes, méthodes, manuels/savoir et marchandise

Coord. : Frédérique Evenou ; Jacques Maillard (0142409865) ; Stéphan Vaquero (0156248310)
La volonté politique de transformer le rapport au savoir se révèle à tous les niveaux de l'institution : mesuré à l'aune de son efficacité sociale et de sa valeur marchande (la « cuture commune », les « savoir-faire » du primaire au lycée, les diplômes « professionnalisants » à l'université, le contrôle et l'uniformisation au CNRS), le savoir est dénaturé, de même que la relation pédagogique, dont la fonction ne consiste plus qu'à « formater » élèves et étudiants afin de les rendre disponibles à toutes les formes d'aliénation.


6 — Formation des maîtres/professeurs, IUFM, didactique

Coord. : Pedro Cordoba ; Pierre Fromont ; Gilles Portaz (0144853848)
Comment les anciennes Écoles normales d'instituteurs — bastions séculaires de l'esprit laïque, de la promotion sociale et de l'émancipation par le savoir — sont-elles devenues des Instituts de conditionnement pédagogique ? Il est urgent de lancer une vaste enquête sur les IUFM et de briser la loi du silence que les responsables veulent imposer sur ce sujet décisif.


7 — Nouvelles technologies

Coord. : Christian Labrune ; Isabelle Bush (0140400170)
Il est question aujourd'hui d'introduire massivement les nouvelles technologies dans l'Education Nationale. Il s'agit de faire en sorte que la relation de l'élève à l'ordinateur se substitue peu à peu à celle que nous connaissons encore, infini-ment plus complexe, entre l'élève et le professeur. Adapter l'intelligence hu-maine et le contenu des enseignements à la relative simplicité de fonctionne-ment des machines et des didacticiels, tel semble être l'objectif. Si, sur le plan intellectuel, cela ressemble à une amputation, pour les entreprises qui produisent matériel et logiciel, le marché est immense… Il ne s'agit nullement de nier les possibilités qu'offrent ces techniques, mais de réaffirmer qu'elles n'ont de valeur que si elles contribuent à produire du sens.


8 — Interdisciplinarité, pluridisciplinarité

Coord. : René Chiche (0148045317- 0662105317)
La mise en cause de l'enseignement disciplinaire, que l'on cherche à réduire au vestige d'un passé dont il faudrait faire table rase, a principalement recours au concept d'interdisciplinarité. Qu'implique cette notion et quels sont les enjeux de sa mise en œuvre à l'école ? Le groupe de réflexion sur cette question se chargera d'articuler l'analyse proprement théorique et l'investigation (projet CIRET - UNESCO).


9 — Enseignement général, enseignement technologique, enseignement professionnel

(à compléter)


Bureau provisoire

Salomon Assedo (prof SES en lycée)
Kathleen Barbereau (prof Lettres en lycée)
Hervé Boillot (prof philo en lycée)
Jean-Pierre Bonnivard (prof SES en lycée)
René Chiche président (prof philo en lycée)
Pedro Cordoba (MDC espagnol, univ. Reims)
Frédérique Evenou (prof philo en lycée)
Arnaud Gendron trésorier (prof philo en lycée)
Denis Kambouchner (prof philo univ. Paris X)
Gilles Portaz (prof hist-géo en lycée)
Stéphan Vaquero (prof philo en lycée)
Joseph Urbas (MDC anglais univ. Paris X)