Echange de vues avec Gérard Guillot,
PIUFM à Poitiers

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X-Apparently-To: Rec_lecole-owner@yahoogroups.com
Date: Mon, 26 May 2003 16:48:45 +0200
From: Guillot
X-Mailer: Mozilla 4.7 [fr] (Win98; I)
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To: Rec_lecole-owner@yahoogroups.com
Subject: réponse à ton torchon
X-eGroups-Moderators: Rec_lecole

cher collègue ?

c'est vrai qu'il y a des problèmes dans les IUFM. nous en souffrons.

cependant,
**je vois mal l'université préparer au métier d'enseignant dans la mesure où la plupart des enseignants n'ont jamais vu d'élèves et que la plupart des recherches ne débouchent sur rien d'intéressant de ce point de vue. je te rappelle que les IUFM ont été créés pour cette raison (parce qu'il n'y a que très peu de professionnels de l'éducation à l'université). Et puis, pardonne-moi mais s'il y avait des "profs chevronnés à l'université", ça se saurait.
**d'une manière générale, l'Université ferait de balayer devant sa porte avant de réclamer une mission pour laquelle elle n'a strictement aucune compétence, occupe-toi plutôt de ton taux d'échecs en DEUG et en licence voire en maîtrise, et, après, propose nous quelques chose. je pense que j'ai du temps devant moi.
**quant aux "inefficaces théories de l'apprentissage" ne parle que de ce que tu connais et le silence sera bénéfique pour tous.

Gérard GUILLOT
PIUFM POITIERS.

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From: "Pierre Cordoba"
To: "Guillot"
Subject: Re: réponse à ton torchon
Date: Tue, 27 May 2003 10:03:57 +0200

cher collègue ?

Cher collègue toi-même,

Je ne sais pas trop à quel torchon tu réponds, j'en ai usé pas mal depuis quelques années. Je me contente donc de répondre à ta réponse qui, si elle est serviette, suinte un peu trop la bave et les taches de gras.

c'est vrai qu'il y a des problèmes dans les IUFM. nous en souffrons.
cependant,
**je vois mal l'université préparer au métier d'enseignant dans la mesure où la plupart des enseignants n'ont jamais vu d'élèves.

L'université n'a jamais prétendu préparer au métier d'enseignant. Elle se contente - et c'est déjà pas mal - de donner ("essayer de donner" serait plus exact) à ses étudiants le bagage disciplinaire sans lequel il n'y a rien à transmettre et donc pas d'enseignement, ni de métier d'enseignant.
Quant à la formation pratique des futurs profs, elle n'a jamais relevé de l'université, qui ne veut absolument pas empiéter dans un domaine qui n'est pas le sien. Mais à en croire ce que m'en disent mes anciens étudiants devenus stagiaires, les IUFM ne remplissent pas non plus cette tâche. Disons donc qu'en ce moment personne ne prépare vraiment au métier d'enseignant, ce qui n'est pas, tu le reconnaîtras sans doute, une situation très satisfaisante.

et que la plupart des recherches ne débouchent sur rien d'intéressant de ce point de vue.

Les recherches scientifiques n'ont en effet rien d'intéressant (ni de pas intéressant) à dire sur ce sujet. Mais il y a à l'université des gens - que je considère à peine comme des collègues - et qui prétendent, eux, avoir quelque chose à dire. Ce sont ceux qui officient dans les départements des pseudo-sciences de l'éducation. Je leur transmettrai ton message. Je suppose qu'ils seront très heureux de connaître le jugement qu'un expert comme toi porte sur leur travail. Parfaitement nul, nous sommes donc d'accord sur ce point.
[Mais il y a, bien sûr des exceptions, des gens avec qui on peut être totalement d'accord, d'autres avec qui on peut discuter : Liliane Lurçat, Nathalie Bulle, Marie-Claude Blais, Dominique Ottavi, Mohamed Cherkaoui, Maurice Sacrot, Samuel Johsua... pour ne citer que des Français, car il y a aussi de nombreux américains à la pointe du combat contre le piagéto-constructivisme.]

je te rappelle que les IUFM ont été créés pour cette raison (parce qu'il n'y a que très peu de professionnels de l'éducation à l'université).

Les IUFM n'ont pas du tout été créés pour cette raison, tu connais très mal ta propre histoire. Il s'est agi d'une OPA sur la formation des maîtres, qui a réussi pour des raisons politiques quand il s'agissait de liquider l'influence du SNES (tendance Unité et Action) à l'intérieur de la FEN.
Autrement dit, magouilles d'appareils, Fabius qui tirait les ficelles d'un côté, Jospin de l'autre, Mitterrand qui était obsédé par le PC et qui voulait rééquilibrer à son profit l'Union de la Gauche sans comprendre que le communisme était définitivement mort et qu'il se battait contre un fantôme. Plus les pêcheurs en eau trouble style Meirieu, l'histoire des PEGC, la volonté de marginaliser l'Inspection, j'en passe et des meilleures, rien à voir avec ce que tu racontes.

Et puis, pardonne-moi mais s'il y avait des "profs chevronnés à l'université", ça se saurait.

Il y a bien sûr des "profs chevronnés" à la Fac et des tas de cons, comme partout ailleurs, ça se sait depuis toujours. Mais dans le cadre de la formation pratique des enseignants du primaire et du secondaire, ce ne sont évidemment pas les profs de fac, chevronnés ou non, qui doivent intervenir, t'as très mal lu, zéro en compréhension. Il s'agit de profs qui ont une longue expérience de l'enseignement (primaire ou secondaire selon les cas) et qui peuvent transmettre aux stagiaires les ficelles du métier. Pas les "formateurs" des IUFM qui n'ont, pour la plupart, pas vu d'élèves non plus (les philosophes reconvertis en psycho-pédagogie des anciennes EN en particulier) ou bien il y a si longtemps que c'est tout comme. Ce sont des planqués qui ont choisi ce fromage justement pour ne pas avoir d'élèves et qui - comble du paradoxe - infligent aux stagiaires ce qu'ils leur interdisent de pratiquer : des cours magistraux et pontifiants (mais dépourvus de contenu, ce qui est un paradoxe au carré pour un cours magistral) et jouent de l'intimidation et du chantage pour briser la révolte qui gronde au banc des galériens. Et quand ils ont une forte tête en face (j'en ai connus quelques uns, en particulier des agrégés), ils finissent par les dispenser de leurs cours parce qu'ils ne supportent pas la contradiction et comprennent qu'ils sont trop nuls pour sortir vainqueurs d'un tel combat.

**d'une manière générale, l'Université ferait de balayer devant sa porte avant de réclamer une mission pour laquelle elle n'a strictement aucune compétence, occupe-toi plutôt de ton taux d'échecs en DEUG et en licence voire en maîtrise, et, après, propose nous quelque chose. je pense que j'ai du temps devant moi.

Tu n'auras pas à attendre bien longtemps, je peux te répondre tout de suite.
Je ne veux absolument pas réduire mon taux d'échec en DEUG ni en licence (pour la maîtrise et les thèses c'est un peu différent, mais pas vraiment mieux, je passe sur les détails). Je suis opposé à toutes les mesures destinées à réduire (en apparence) ce taux d'échec : capitalisation, options-bidon, compensation et tout le reste. J'aimerais au contraire que l'on donnât aux étudiants les notes qu'ils méritent vraiment et que ce taux d'échec fût colossal, hénaurme, entre 90 et 95%, pour obliger les décideurs à regarder la réalité en face : le bac actuel est de la merde, de la vraie merde, il ne qualifie personne pour entreprendre des études universitaires. Et pourquoi ce bac, qui était considéré il y a une trentaine d'années comme le meilleur du monde, est-il devenu de la merde? A cause de zigotos comme toi qui se sont acharnés, avec haine, patience et obstination, à détruire l'école primaire, puis le collège, puis le lycée et qui veulent maintenant détruire la Fac (ils ne savent même pas que la fac est déjà globalement morte) en jouant sur les épreuves des concours, les modules de pré-professionnalisation en licence et tout le bazar.

> **quant aux "inefficaces théories de l'apprentissage" ne parle que de ce que tu connais et le silence sera bénéfique pour tous.

Gérard GUILLOT
PIUFM POITIERS.

Je te trouve bien audacieux, mon cher, de décider de ce que je connais ou je ne connais pas. Les "théories de l'apprentissage" sont ce qu'elles sont, des théories dont personne ne peut définir les critères de scientificité parce qu'elles sont, comme dirait le vieux Popper, "non-falsifiables" et qu'elles varient au gré des écoles (en gros comportementalisme vs cognitivisme). Mais qu'elles soient "inefficaces" pour ce dont il s'agit - la formation des maîtres et l'enseignement lui-même - je le dis et le maintiens. De même que l'acoustique (qui est pourtant une vraie science) est totalement inefficace pour apprendre à jouer du violon. Quand la race des théoriciens de l'apprentissage n'existait pas, l'école française se portait très bien et suscitait l'admiration du monde entier. Depuis qu'ils sont là, le naufrage est patent.
Le constat ne souffre pas de discussion. En conséquence de quoi, leur disparition serait "bénéfique pour tous".

ENVOI (à la fin de l'envoi, je me mouche) : puisque tu parles de torchons, je te conseille de relire (ou de lire) le chapitre sur les torche-culs dans Rabelais. Superbe. J'y ajouterais un item : tout ce qui vient des IUFM et des sciences de l'éduc (avec les exceptions déjà mentionnées).

Ciao
Pedro CORDOBA
Université de Reims

PS. Au fur et à mesure que je répondais, j'ai fini par comprendre que tu t'en prenais au texte de la pétition contre les IUFM. Une pétition est une pétition, avec sa rhétorique propre, et on ne peut guère y développer une vraie argumentation. Mais il y a bien d'autres textes sur notre site. Tu peux en particulier lire ceux de Michel Delord, qui est au Comité directeur de la Société Mathématique de France, chargé des questions de pédagogie. Je prépare moi-même un livre sur les IUFM. Je te tiendrai au courant quand il sera fini. Nous pourrons alors avoir un débat plus sérieux (et plus serein).