Controverse :

 

Des IUFM pour qui ? Pour quoi ?

Au moment où nous recueillions les analyses et les témoignages sur le fonctionnement des IUFM, que nous avons publiés dans notre numéro de janvier, Pierre Cordoba de l’association « Reconstruire l’école » et quelques membres de la rédaction entretenaient par courrier électronique une polémique dont on a pu voir quelques échos sur le site des Cahiers pédagogiques… Nous avons finalement invité Pierre Cordoba à nous proposer un texte auquel Richard Etienne a répondu. La question mise au débat aborde un aspect relativement technique du recrutement et de la prise en charge des étudiants en IUFM. Ne nous plaignons pas d’échapper pour une fois aux polémiques sur les danses bulgares, sur la pâte à modeler…

 

 

Du traitement de la folie douce

Un problème plombe les IUFM depuis le début : que faire de leurs candidats en échec ? Leur création fut une idée irrationnelle, une folie douce, dont personne ne semble s’être aperçu. Car les charger de la préparation des concours, c’était créer des « machines à perdre », condamnées à fonctionner avec un taux d’échec considérable. Or quand on s’obstine à faire marcher une machine qui ne peut pas marcher, il en résulte nécessairement des effets paradoxaux qui, aggravant la folie initiale, exigent pour finir un traitement de choc. En écartant l’idée des masters professionnels d’enseignement, la circulaire ministérielle du 14 novembre 2002 met brutalement fin aux « années folles » consacrées à la recherche de solutions introuvables.
Entre 1995 et 1998, le nombre de candidats aux concours explosait et celui des postes baissait. Pour éviter la dégringolade de leur taux de réussite, les IUFM mirent alors en place la « régulation des flux » qui devait être la panacée. On se félicitait de cette « sélection de plus en plus sévère », ce qui ne manque pas de sel pour les partisans de la non-sélection… chez les autres. Au nom sans doute d’une nouvelle conception de l’« égalité des chances », on privait ainsi de préparation plusieurs milliers de candidats, contraints de se présenter en candidats libres. Mais cette énorme injustice eut son envers comique. On sait que les meilleurs licenciés ne choisissent pas prioritairement de passer le CAPES. Les sélectionneurs des IUFM se trouvèrent donc face à une masse d’étudiants dont le profil était à peu près équivalent et statistiquement médiocre. De sorte que la sélection fut, en grande partie, aléatoire. La conséquence dès lors était inéluctable : il y a eu corrélation entre la répartition des lauréats et le nombre de candidats. En trois ans, les IUFM ont perdu environ 1 400 postes au CAPES (12 % de leur « part de gâteau », automatiquement reversée sur le compte des candidats libres puisque le jeu est à somme nulle). De même au concours de professeurs des écoles où ils sont passés de 71 % à 62,4 %. Autrement dit, les IUFM ont été obligés d’accepter comme stagiaires un nombre croissant de lauréats dont ils n’avaient pas voulu comme candidats ! Exactement le contraire du but recherché. Et c’est un statisticien, Bernard Cornu, ex-président de la CDIUFM, qui eut cette riche idée : il avait confondu taux de réussite et répartition des postes. Bravo ! Le phénomène était parfaitement prévisible. Or non seulement il n’a pas été prévu mais il est resté inaperçu alors même qu’il était devenu empiriquement constatable. Les rapports du CNE sont à cet égard à hurler de rire : on a continué à revendiquer la présélection et à tancer les universités qui refusaient de s’y soumettre sans comprendre que, si les universitaires n’avaient pas résisté, les résultats des IUFM auraient été encore bien pires. Décidément, les experts de l’expertise sont aussi incompétents que les professionnels de la professionnalisation.

Un « master » pour les collés


Entre 1998 et 2002, et sans même s’apercevoir que la présélection était contre-productive, les IUFM ont exploré, par un autre tour de folie, une deuxième voie : avancer au mois de novembre les épreuves d’admissibilité pour renvoyer les collés suivre un deuxième semestre de master à l’université. Cette dernière aurait alors la noble mission d’« accompagner l’échec » – comme on dit des mourants – selon l’expression involontairement comique (ou tragique) de M. Cornu, toujours lui, auteur du projet. Une telle stratégie entraînerait la dévalorisation immédiate de ce diplôme avant même qu’il n’existe vraiment. Mais c’est encore plus fou. Car même si les universités acceptaient de valider cet échec comme premier semestre de master (!), le problème se reposerait l’année suivante. N’ayant guère fait de progrès en mathématiques, le promoteur de cette opération ne semble pas s’être aperçu qu’il faut donner à un tel dispositif une routine de 2 ou 3 ans. Admettons que le collé en question obtienne non seulement la validation de son premier semestre mais aussi les modules du second (plus rien ne saurait étonner en matière de « réussite »). Il est évident qu’il se représentera en novembre suivant aux épreuves d’admissibilité. On ne pourra quand même plus valider un nouvel échec comme « troisième semestre » de master. Que deviendra-t-il alors ? Il ne pourra obtenir ces 30 crédits que le jour où, après trois ou quatre tentatives infructueuses, il décidera de renoncer définitivement à devenir enseignant et de consacrer une année supplémentaire à obtenir un… master professionnel d’enseignement. Oui, un « master professionnel d’enseignement » pour quelqu’un qui aura été jugé plusieurs fois de suite incapable d’enseigner ! Il arrive toujours un moment où, faute de soins, la folie douce devient furieuse. Le ministère vient de mettre en terme à ce délire. Il lui reste à en déduire toutes les conséquences en retirant aux IUFM la préparation aux concours : c’est la seule solution rationnelle au problème posé par l’existence d’institutions non viables qu’on s’est trop longtemps acharné à maintenir en vie au mépris du bon sens.

Pedro Cordoba,
Maître de conférences
(langues romanes)
à l’université de Reims,
Président de l’association
« Reconstruire l’École ».

 

Quand on veut tuer son chien…

La formation coûte cher ? Essayez l’immersion. Je me souviens de ce samedi d’octobre 1971 où, maître-auxiliaire débutant, je fis mon premier cours de français dans un collège de Bondy à trente-trois élèves de sixième. Une journée de lit pour m’en remettre ! Il est criminel de lâcher dans une classe un enseignant avec pour tout bagage le discours universitaire. Vive la formation ! Même si, critiquable sur bien des points, elle n’a jamais cessé d’être l’objet d’attaques… Ainsi, l’introduction d’une épreuve professionnelle (préprofessionnelle, aurait-on dû dire) fut un tel scandale qu’on fit disparaître cet adjectif de l’épreuve sur dossier. Tout au plus put-on préserver une semaine de sensibilisation pour que les étudiants découvrent le métier avant de le choisir. Enfin, c’est au recteur Bancel et non aux IUFM que nous devons la particularité du concours en fin de première année.
La véritable « folie douce » est que nous mêlons ce que d’autres distinguent : le recrutement des enseignants et leur formation. Ceux qui échouent au CAPES : ils existaient bien avant 1992. Selon les disciplines, le pourcentage varie de 0 % à 75 %. Je peux multiplier les exemples de disciplines pour lesquelles les stratégies des étudiants (mobilité géographique) déjouent les efforts d’équipes qui tentent de réagir (cela existe, de plus en plus !) ou confirment le succès d’une préparation locale.
Alors, la présélection est-elle cette arme dont se seraient dotés les IUFM pour s’assurer un marché captif ?
À Montpellier, dix mille personnes passent les tests de sélection pour être professeur d’école. Imagine-t-on sérieusement de leur assurer une préparation longue et coûteuse pour ne faire réussir, les bonnes années, que sept cents heureux élus ? Quant au second degré, sur vingt-cinq concours préparés, il n’y a que quatre pour lesquels les équipes (après vote en conseil d’administration où siègent les universités) pratiquent un tri préalable (l’éducation physique et sportive, la physique-chimie, le génie électrique et les CPE). Quelques dizaines de dossiers non retenus pour plus de deux mille demandes sur Montpellier. Il faudrait dresser un inventaire des refus avant de prétendre qu’il s’agit d’une pratique généralisée. L’attitude me semble plus favorable à l’ouverture à tous, même si elle est limitée à qui peut s’inscrire à l’université, ce qui n’est pas toujours évident : cas des mères de famille de trois enfants et plus, sans bac, qui peuvent concourir mais pas s’inscrire à l’université !

À chacun son rôle


Si l’on souhaite « reconstruire l’école », une attitude systématiquement destructrice finira par tuer le patient. L’école de la République a toujours eu pour mission de s’occuper de tous ceux qui lui sont confiés. En cas d’échec, comment faciliter l’évolution du projet personnel et professionnel ? Si l’étudiant réussit, comment le préparer au métier et l’accompagner dans ses premiers pas ? Le ministère cache soigneusement les démissions du début de carrière. Les postes les plus difficiles échoient à nos jeunes collègues. Ils critiquent alors une formation initiale insuffisamment liée aux réalités du métier et un enseignement universitaire trop académique.
J’avais rêvé d’une harmonisation des parcours : aux universités l’acquisition des connaissances, aux IUFM la formation, qui peut et doit se faire en relation avec l’université et le « terrain », et aux établissements l’accompagnement. C’était oublier que quelques universitaires ne rêvent que de revanche « en retirant aux IUFM la préparation aux concours ». C’est un peu court comme projet et comme ambition : ils ne récupéreraient que des miettes puisque la première année leur est en fait confiée (voir le ratio heures en université/heures à l’IUFM largement supérieur à 3/4). Ils ne voient que CAPES ou agrégation, moins de 40 % des postes. Le premier degré ? Connais pas. L’enseignement professionnel et technologique ? Veux pas le savoir. « Rendez-nous nos étudiants et ne faites pas évoluer les concours, même s’ils sont peu en rapport avec l’exercice quotidien du métier ». Pendant que nous discourons sur un monde idéal, Ministère et Rectorats accélèrent le recrutement désastreux de vacataires jetés après usage. Ne pourrions-nous imposer que tout enseignant soir recruté sur concours, quitte à utiliser largement les listes complémentaires pour faire face aux besoins imprévus ? Cela se fait dans le premier degré depuis 1992. Nous resterait « l’ardente obligation » d’améliorer la formation, étant entendu qu’elle concerne les connaissances et les compétences. Chiche ?

Richard Étienne,
Enseignant-chercheur
Université Paul Valéry Montpellier III

( Pendant quinze ans, professeur agrégé en collège, six ans formateur en formation continue à la MAFPEN, sept ans professeur en IUFM et, depuis deux ans, enseignant-chercheur dans une université.)

 

La réaction
de Pierre Cordoba :

Dans les CAPES littéraires, le nombre de lauréats-IUFM a baissé de 24 % entre 1995 et 1999 et celui des candidats libres a augmenté de 4 %. Dans les CAPES scientifiques, 40 % des lauréats sont des candidats libres. Au CRPE, la part des IUFM est passée de 71 % en 1995 à 62 % en 2000. Et au CAPLP2, les IUFM n’ont que 57 % des admis. Ces merveilleux résultats sont exclusivement dus aux effets pervers de la présélection. Ce ne sont pas quelques centaines mais des dizaines de milliers de candidats au CAPES qui, entre 1995 et 2002, ont été illégalement privés de préparation par les IUFM. Idem pour le CRPE. M. Étienne ne répond pas à mon autre question : faut-il délivrer un « master d’enseignement » à ceux qui ont été jugés incapables d’enseigner ? Quant aux vertus de la deuxième année, je n’en parlais pas dans mon texte et j’y reviendrai à une autre occasion.

Pedro Cordoba


 

La réaction
de Richard Etienne :


De qui parle M. Cordoba ? Des « candidats libres » et des « IUFM » qui sont plutôt préparés à l’université ? « Libres » devrait désigner ceux qui ne s’inscrivent ni à l’IUFM ni en Université. À des statistiques sur les « parts de marché », j’aurais préféré un débat sérieux sur les connaissances et les compétences des enseignants, que M. Cordoba est capable de mener. Il ne poursuit qu’un objectif : « Détruire les IUFM »… Quant au « master d’enseignement », il n’est pas à l’ordre du jour même s’il est bizarre de laisser à Bac + 3 des personnes qui sont objectivement à Bac + 5. Occupons-nous de former les formateurs d’enseignants pour éviter les dérives que je déplore comme toute personne sensée et reconnaissons leurs compétences : quelques DESS ont été mis en place dans cette intention mais le ministère semble les abandonner à leur sort.

Richard Étienne

 


 

Une autre attaque contre les IUFM…

Pedro Cordoba, contempteur de la pédagogie en général et des Iufm en particulier, a rassemblé ici des chiffres relatifs aux résultats du Capes, chiffres auxquels il fait dire ce qui doit conforter sa thèse : les Iufm ne sont pas performants…
Mais il en va des chiffres qu’il avance comme de toute statistique : selon les lunettes que l’on chausse pour les lire, on les voit noirs ou blancs. Aussi nous avons fait lire ces mêmes résultats par Sabine Laurent, universitaire à l’Iufm d’Aix-Marseille qui n’en tire évidemment pas les mêmes conclusions. Etonnant non ?, comme disait le regretté Desproges…


Résultats du CAPES

Nombre d’admis
1995
1996
1997
1998
1999
Švolution

Capes littÈraires

IUFM

Libres

IUFM/Total

Libres/Total

5332

3746

1586

70,25 %

29,75 %

4927

3333

1594

67,65 %

32,35 %

4897

3078

1819

62,85 %

37,15 %

4625

2914

1711

63%

37 %

4494

2846

1648

63,33 %

36,67 %

-15,72 %

-24,02 %

+3,91 %

- 6,92

+6,92

Capes scientifiques

IUFM

Libres

IUFM/Total

Libres/Total

3006

1935

1071

64,37 %

35,63 %

2532

1636

896

64,61 %

35,39 %

 

2136

1347

789

63,06 %

36,94 %

 

2190

1346

844

61,46 %

38,54 %

2190

1328

862

60,64 %

39,36 %

-27,15 %

-31,37 %

-19,51 %

-3,73

+3,73

Capes artistiques

IUFM

Libres

IUFM/Total

Libres/Total

339

242

97

71,39 %

28,61 %

 

363

253

110

69,70 %

30,30 %

 

396

262

134

66,16 %

33,84 %

 

329

220

109

66,86 %

33,13 %

 

407

290

117

71,25 %

28,75 %

 

+20,06 %

+19,83 %

+20,62 %

-0,14

+0,14

 

 

Évolution 1995-1999

Dans les Capes littéraires, les IUFM ont perdu 24 % des postes et les candidats libres ont progressé de 4 %.
Dans les Capes scientifiques, où le nombre de postes a beaucoup baissé (-27 %), les IUFM ont beaucoup plus perdu de postes (31,4 %) que les candidats libres (19,5 %). Mais surtout, ils partaient déjà de résultats très peu satisfaisants, ce qui amortit l’évolution. Près de 40 % des lauréats sont des candidats libres.
C’est seulement dans les Capes artistiques - et du fait d’une très forte augmentation du nombre de postes en 1999 - que les IUFM tirent leur épingle du jeu.
Cette évolution négative des performances des IUFM n’est évidemment pas due à une baisse de qualité des cours (que rien ne pourrait expliquer) ni de la baisse (hélas réelle) du niveau des candidats (puisque tous les postes sont désormais attribués). La préparation du Capes est sous-traitée par les IUFM à l’université, où il n’y a aucun problème de place dans les locaux et où tous les candidats qui le souhaitent pourraient recevoir la préparation à laquelle ils ont droit. Mais en instaurant une « présélection » (illégale et maintenue pour certains Capes en 2003 malgré l’interdiction de Jack Lang), les IUFM ont empêché un nombre croissant de licenciés de suivre les cours donnés à la Fac : le nombre des candidats-IUFM est resté stable tout au long de la période alors que celui des candidats libres explosait (+47%). Imaginée pour réduire le taux d’échec de leurs candidats en période de baisse du nombre de postes et d’augmentation du nombre de candidats (et pouvoir donc présenter des chiffres « acceptables »), cette politique s’est retournée contre les IUFM : l’effet pervers de la présélection était prévisible puisque, même avec un taux de réussite plus bas, la part des candidats ayant préparé le concours par leurs propres moyens a tellement augmenté qu’elle a eu des effets sur la répartition finale des postes. Or non seulement ce phénomène n’a pas été prévu, mais plusieurs échanges (courrier électronique) avec des directeurs et des formateurs d’IUFM prouvent qu’il n’a toujours pas été compris. Tous les rapports du Comité national d’évaluation (22 rapports d’expertise sur les IUFM téléchargeables sur le site du CNE) ont défendu la présélection et violemment attaqué les universitaires qui essayaient de s’y opposer : on peut se poser des questions à la fois sur l’impartialité et sur la compétence des auteurs de ces rapports…

À la session 2000 (on ne dispose que de chiffres globaux) :

- Aux différents Capes, 67,3 % des lauréats sont issus des IUFM : ces résultats, nettement meilleurs que ceux de 1999, sont dus à la baisse très forte du nombre total des candidats. Mais ils sont encore en dessous du chiffre de 1995 : 68,3 %
- Sur 10075 lauréats du Concours de professeurs des écoles, 6238 sont issus des IUFM (62 %). Les résultats sont encore moins bons qu’au Capes alors que les IUFM disposent du monopole absolu de la formation. En 1995, les candidats-IUFM obtenaient 71 % des postes.
- Au CAPLP2 (professeurs des lycées professionnels) où les IUFM sont seuls maîtres d’œuvre (aucun universitaire ne participe à la formation), c’est encore pire : il n’y a que 57,1 % des lauréats à avoir préparé le concours en IUFM.

Pierre Cordoba
Université de Reims
mailto:http://www.cahiers-pedagogiques.com/actu/pedrocor@club-internet.fr

 

 

Objection, votre Honneur…

En ce qui concerne les PE, les candidats libres ont souvent suivi auparavant une année de préparation en IUFM, ce qui fait remonter fortement la proportion de ceux qui ont eu une préparation IUFM. Chez nous à Aix-Marseille, elle est alors supérieure à 75 %. D’autres facteurs sont à prendre en compte :

1) l’intégration récente dans les statistiques des aides éducateurs qui, ayant un taux de réussite faible, ont fait baisser les résultats ;

2) au CRPE les nombres de reçus sont trompeurs, car il faudrait y ajouter les candidats admis en listes complémentaires, donc le nombre de stagiaires PE2 serait un indicateur plus pertinent ;

3) enfin le fait que les formateurs en IUFM soient écartés de la préparation des sujets et des jurys a pour conséquence que ces responsabilités sont souvent données à des personnels du second degré ou universitaires qui ne connaissent ni les programmes ni les contraintes propres au premier degré. Ceci entraîne une déprofessionalisation des concours.

En ce qui concerne les PLC, si je sais lire, les candidats IUFM représentent en gros les deux tiers des reçus et les candidats libres, un tiers. Ceci me paraît plus important que des fluctuations annuelles difficiles à interpréter. Un indicateur qui est sans doute plus pertinent est le taux de succès = nb d’admis/nb de présents. J’ai sous les yeux les évolutions de 1997 à 2001 : de 21 à 27 % pour les candidats IUFM, et de 8 à 10 % pour les candidats libres. Ici aussi, il existe un facteur de variation lié aux critères des jurys qui peuvent donner une importance variable, voire nulle, à la professionnalisation par rapport aux connaissances académiques. On aurait souhaité que la professionalisation des concours devienne plus homogène et plus importante, pour que les jeunes stagiaires soient moins démunis…

Pedro Cordoba a une fâcheuse tendance à insulter ses contradicteurs. Dans un texte de septembre 2000 sur le même sujet – les IUFM et le Capes – il donnait la mesure des dérapages dont il est capable avec des « arguments » comme celui-ci à propos des directeurs d’IUFM : « l’intelligence, nous l’avons vu, n’est pas la chose la mieux partagée parmi les directeurs d’IUFM » ! Ici ce sont les membres du comité national d’évaluation des universités qu’il accuse gratuitement de partialité et d’incompétence. L’expérience que j’en ai, au contraire, est que leur enquête fut longue, rigoureuse et diversifiée (nombreux entretiens et études des textes, projet d’établissement et plan de formation).
On ne peut pas dire la même chose de l’enquête éclair de l’inspection générale en décembre dernier. Exemple de question posée par les inspecteurs aux formateurs d’une équipe disciplinaire : « pourquoi leur infligez-vous une formation générale en première année ? »

Sabine Laurent
IUFM Aix-Marseille.
mailto:http://www.cahiers-pedagogiques.com/actu/s.laurent@aix-mrs.iufm.fr

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