Réplique de Pedro Cordoba au fil du texte de Pierre Madiot



Pierre Madiot : (...) Vous avez su utiliser toute l'enflure dont vous semblez être capable (et vous avez de réelles possibilités de ce côté) pour illustrer le fait que dès que l'on croit son "honneur" outragé, on n'a plus besoin d'arguments.


Pedro Cordoba : - Passons sur les injures. Je trouve en effet que me demander de faire un cours de Capes – qui demande un investissement assez considérable – et me dire en même temps qu'il compte pour des clopinettes (coefficient 0,5 /10 contre coefficient 4/10 à l'épreuve "pré-professionnelle"d'oral, qui compte donc plus que l'ensemble de l'écrit et qui a lieu en français, ce qui est certainement idéal pour sélectionner les futurs profs de langues étrangères...), c'est se moquer de moi. Et aussi des candidats qui passent énormément de temps à bosser un très lourd programme d'écrit qui ne compte pratiquement pas. En fait, il ne subsiste que parce que la réforme initialement prévue (plan Oriano) échoua. On est donc arrivé à une sorte de compromis fort boiteux. Les "réformateurs" nous ont dit : puisque vous tenez tellement à vos cours, gardez-les. Mais sachez qu'ils ne compteront pas. La plupart des collègues ont accepté le "deal"   parce qu'ils tiennent en effet davantage à leurs cours qu'ils ne sont préoccupés par la formation des maîtres. Ce n'est pas mon cas et  c'est  pourquoi j'ai refusé  de  marcher dans une combine qui apparemment satisfait tout le monde. Mais cet "affront" ne constitue pas du tout la raison principale de mon hostilité envers les IUFM, ni  le "seul fait que je voulais illustrer". Je me suis contenté de ne pas faire ce cours, ce qui règle assez facilement le problème. Quand vous dites en revanche ne trouver aucun argument dans ma lettre, c'est que nous ne devons pas avoir la même conception de l'argumentation.


PM : Je comprends votre rage de voir que votre pouvoir d'universitaire,


PC : - Contrairement aux IUFM, les universitaires n'ont aucun pouvoir sur personne. Si j'avais voulu du "pouvoir", j'aurais suivi l'exemple de Fabius, qui est d'une promo plus ancienne que la mienne mais que je connaissais vaguement à l'ENS  : passer l'ENA et prendre ma carte du PS (au RPR si j'avais été de droite). C'était une époque où l'on montait vite dans la hiérarchie du PS et c'est ce que comprit, avec sa brillante intelligence, Laurent Fabius qui, après avoir longtemps hésité entre la gauche et la droite, profita d'une conférence de Mitterrand à la rue d'Ulm pour franchir le pas. Si je l'avais imité, je serais peut-être aujourd'hui (ou j'aurais été hier) ministre de l'Éducation nationale et je disposerais alors d'un vrai pouvoir : celui, entre autres, de supprimer les IUFM par simple décret, ce qui aurait constitué ma première mesure de "salut public".


PM : si patiemment gagné



PC:- avec la patience que cela implique, ni plus ni moins : il faut passer des concours, faire de l'enseignement et de la recherche et toutes ces choses qui vous semblent si inutiles.


PM : et si complaisamment rappelé,


PC : - je crois que la dimension d'autodérision vous a totalement échappé. C'est que vous ne devez pas avoir beaucoup d'humour.


PM : n'a pas la prééminence dans le processus de formation des maîtres.


PC:- Ce n'est pas le pouvoir dont vous parlez (et qui n'existe pas) qui devrait avoir la "prééminence" mais tout simplement une connaissance minimale des savoirs que les futurs professeurs devront enseigner.


PM : Il est certain que votre vaste science vous laisse sans aucune compétence au moment où il faut, selon vos propres termes, former à une "vraie" pédagogie qui par ailleurs supposerait des "talents innés".


PC: - C'est en effet ce que j'ai dit. Les savoirs scientifiques sont indispensables mais n'empiètent pas sur la formation pédagogique sur laquelle je n'ai aucune compétence (en tant qu'universitaire spécialiste du Siècle d'Or espagnol, mais en tant que "professeur résistant", c'est autre chose). Et quel que soit le niveau où il enseigne, un bon professeur doit avoir un certain "talent inné", de même qu'il en faut pour être un bon musicien ou un bon footballeur. Et ce talent, il faut aussi, dans tous les cas, le cultiver et le perfectionner dans la pratique du métier. Tout cela me semble assez élémentaire. Je n'y vois pas matière à débat.

 

PM : À côté de cette logomachie qui permet d'escamoter tout débat,


PC : - Et quel est donc le débat selon vous? Je suis tout à fait prêt à l'aborder sur tous les points que vous voudrez bien me signaler.


PM : Je ne vois dans votre discours qu'imprécations haineuses et récusation de penseurs que vous dénoncez comme "américains" et archaïques, et à la liste desquels il faudrait pourtant ajouter Binet, Claparède, Piaget, Vygotski et beaucoup d'autres que vous ne semblez pas connaître, sans parler de Rabelais ni de Montaigne.


PC : - Ne faites pas semblant de ne pas comprendre. L'américain archaïque en question, c'est bien sûr, John Dewey. Quant à Binet, Claparède, Piaget, Vygotski (sans parler de Rabelais et de Montaigne), ils me semblent en effet, eux aussi, assez "archaïques". Il faudrait aussi y ajouter Pestalozzi, qui est apparemment la dernière découverte de M. Meirieu et qui est encore plus ancien que tous les autres (hormis Rabelais et Montaigne). Autrement dit, je ne comprends pas le sens que vous accordez au mot "pourtant" dans votre phrase, à moins qu'il ne concerne exclusivement la nationalité de Dewey et de ses disciples directs. Binet et Claparède sont totalement dépassés (ils l'étaient sans doute déjà à leur époque). Les idées de Vygotski sont plus complexes que le digest qui en est donné par les sciences de l'éduc. Quant à Piaget, le plus "illustre" de la liste, il s'est planté sur toute la ligne et en tout cas sur ce qui "justifie" les "innovations" diverses dont souffre l'école, c'est-à-dire sur le "passage à la pensée abstraite chez l'enfant" (il se contente d'appliquer à l'enfance les préjugés de Lévi-Bruhl sur la "pensée primitive"). Je tiens à votre disposition des études récentes en psychologie cognitive, qui montrent que tous ses protocoles d'expérience sont faux ou biaisés. Si je peux donc me permettre un conseil : même dans votre domaine, il conviendrait de se tenir au courant de l'état des savoirs. En France même, vous avez Liliane Lurçat, ancienne collaboratrice d'Henri Wallon, ou Nathalie Bulle dont les travaux ne sont guère cités dans les IUFM pour la simple raison qu'elles ne sont pas dans votre camp. Quant à convoquer Rabelais et Montaigne...! Je ne comprends pas comment leur immense érudition – ce mot que vous haïssez tant – ne vous fait pas fuir à toutes jambes. Ils s'opposaient certes à la scholastique mais c'est vous qui en êtes aujourd'hui les représentants! Une scholastique débile, qui est à mille lieues de l’œuvre de Saint Thomas ou de Duns Scot pour prendre les deux représentants les plus illustres des deux courants qui s'y affrontaient. Il faudrait cesser une fois pour toutes de vous poser en "pionniers" et en "rebelles" comme si l'on était encore à la fin du XIXème siècle, alors que vous êtes incrustés, à tous les échelons, dans l'appareil de pouvoir de l'EN et que vous en utilisez tous les rouages pour imposer le conformisme le plus plat. Comme ceux qui transformèrent la grande scholastique du XIII ème en pur radotage, incrustés dans leur bastion de la Sorbonne et contre lesquels luttèrent avec panache Rabelais, Montaigne et tous les humanistes.

 

Laissez-moi vous dire aussi que je vous trouve bien imprudent de m'attribuer une ignorance totale sur les "penseurs" de la pédagogie. Vous ne me connaissez pas, mais ce n'est pas une excuse. Vous auriez pu vous douter que, contrairement à d'autres, un universitaire n'a pas l'habitude de parler de ce qu'il ignore. Je n'ai pas jugé utile de beaucoup approfondir la question parce que la plupart de ces textes sont ennuyeux à mourir, et parfaitement utopiques ou démentis par l'expérience quand ils sont plus toniques. Mais quand je dis que j'ai lu la plupart des ouvrages (fort répétitifs) de M. Meirieu, c'est vrai. De même que j'avais lu dans le temps Libres enfants de Summerhill, Célestin Freinet ou Ivan Illich, qui furent, sur la question scolaire, les maîtres à penser de ma génération. Et je continue à me tenir au courant, sans doute plus que vous : je peux ainsi
vous fournir un grand nombre d'adresses de sites américains où l'on trouve beaucoup d'études très précises sur ces questions et qui vont toutes dans le sens contraire à celui que vous prônez. Je ne suis pas du tout "anti-américain", comme vous semblez le supposer, beaucoup moins sans doute que la plupart des "profs de la pseudo-gauche CAMIF" (et, simultanément, beaucoup plus "à gauche"qu'eux). L'avantage des États-Unis, c'est qu'étant le premier pays où les sciences de l'éduc ont exercé leurs ravages, c'est aussi celui où la résistance est le mieux organisée et le plus fondée sur une recherche scientifique, qui conteste de l'intérieur les pseudo-trouvailles des apprentis sorciers de la pédagogie, grands manieurs d'affirmations  "infalsifiables". Mais je m'intéresse aussi à l'histoire de ces courants. J'ai ainsi dans ma bibliothèque le manuel de Psychologie appliquée à l'éducation de J.Boucher en usage dans les écoles normales en 1920. Il fait 560 pages en très petits caractères et, étant donné l'époque, se termine évidemment par une référence aux travaux de Binet et Simon. Si le centième du contenu d'un tel ouvrage, évidemment actualisé, servait de fondement à la formation dispensée dans les IUFM, je m'estimerais heureux. Il y aurait au moins quelque chose d'un peu sérieux et pas les fumisteries inconsistantes qu'on fait ingurgiter aux stagiaires.  Je peux vous en scanner de longs passages  dont vous pourriez faire votre profit.


PM: Vous exultez à l'idée que les étudiants des IUFM trouvent majoritairement déroutantes les approches de la pédagogie.


PC: - Leur bon sens "inné" leur fait deviner que tous ces discours creux ne leur serviront jamais à rien du tout. Et ils ne se trompent pas.


PM : Vous dites préférer le contact des maîtres chevronnés, en faisant mine d'ignorer que la plupart des formateurs en IUFM sont aussi en charge d'élèves.


PC : -Pas tous, loin de là, ni même la "plupart". Et parmi eux il faut distinguer ceux qui font effectivement un bon travail (qui consiste très souvent à enseigner aux stagiaires des choses qu'on apprenait autrefois à l'école primaire selon le témoignage assez poignant d'une "âme pieuse" formatrice à l'IUFM de Versailles et que j'ai rencontrée l'an dernier à une réunion-débat organisée par l'APL) et les autres, ceux qui doivent se consoler de l'échec de leur "pédagogie" devant leurs propres élèves en exerçant leur pouvoir (là, c'est un vrai pouvoir, fort mesquin mais pouvoir quand même) sur des stagiaires craignant pour leur titularisation.


PM : Par ailleurs, je dois dire qu'enseignant maintenant depuis 35ans et fils d'instituteur, la fréquentation des maîtres expérimentés ne m'a jamais appris autre chose qu'à  être intelligemment pragmatique, ce qui est beaucoup.


PC : - C'est en effet beaucoup. "Je dirais même plus", comme les Dupont/d dans Tintin. C'est absolument tout ce qu'il faut pour enseigner : le savoir d'un côté, et une intelligence pragmatique de l'autre. Un petit mot plus personnel. Puisque vous enseignez depuis 35 ans, vous êtes encore plus vieux que moi. C'est donc cette école du temps jadis, celle que vous vomissez, qui vous a permis de devenir ce que vous êtes : n'avez-vous pas le sentiment d'être un peu injuste envers vos maîtres d'autrefois?


PM : Mais l'exemple de mes aînés ne m'a été d'aucun secours pour élaborer les référents théoriques et les outils propres à guider mon action professionnelle.


PC : - Ces "référents théoriques" et ces "outils propres à" sont parfaitement inutiles. Vous n'en aviez nul besoin. Vos "aînés" n'en disposaient pas et ils avaient fait de l'école française la meilleure du monde. C'est grâce à elle, grâce à votre père instit et à des dizaines de milliers d'autres comme lui, que vous êtes ce que vous êtes : je me répète, mais c'est parce que j'aime bien enfoncer certains clous.


PM : J'ai encore moins trouvé ces repères à l'université

 

PC : - Faut-il vous répéter qu'il n'entre pas dans les missions de l'université de donner ces "repères-là" ni, d'ailleurs, quelque "repère" que ce soit? L'université a deux  missions : transmettre le patrimoine scientifique et culturel de l'humanité aux générations suivantes (enseignement) et contribuer à son développement (recherche). Un point, c'est tout et ce n'est déjà pas mal. Le reste est affaire des "écoles d'application", qui peuvent appartenir à l'enseignement supérieur sans pour autant se confondre avec l'université.


PM : où, à quelques exceptions près, j'ai eu affaire à de médiocres compilateurs, phraseurs ennuyeux, incapables de poser une problématique.


PC : -Vous avez donc eu de mauvais profs. Soit ils ne savaient pas grand chose, soit ils n'avaient pas le "talent inné" pour transmettre leur savoir ou ne l'avaient pas cultivé. J'ai eu moi aussi de "mauvais profs". Mais ils n'ont pas duré longtemps. Mon "esprit d'insoumission", qui fait partie de ces "talents innés" que je cultive, me dit en effet  que nul n'est obligé de supporter ce qui lui répugne et je cessais immédiatement d'aller à leurs cours (je restais jusqu'à la fin de l'heure par politesse mais mon opinion était faite dès les premières minutes). J'allais en revanche à des cours qui n'avaient rien à voir avec mon cursus officiel et qui ne me rapportaient strictement rien en termes de "modules" comme on dit aujourd'hui : ceux de Deleuze à Vincennes ou de Foucault au Collège de France, par exemple qui s'y entendaient mieux que vous pour "poser une problématique". L'année où je passais l'agreg d'espagnol, je me présentai aussi aux épreuves orales du Capes (les normaliens étaient dispensés de l'écrit). Lors de la réunion préliminaire, le président du jury tint un discours si insupportable, si méprisant envers les candidats, que je ne supportai pas. Je me levai, quittai la salle en faisant le plus de bruit possible (là, je n'ai même pas voulu être poli) et ne me présentai point aux épreuves, refusant d'être jugé par ces gens-là. Au risque d'échouer à l'agreg (il n'y avait qu'une vingtaine de postes) et de me retrouver le bec dans l'eau. Et si j'étais aujourd'hui stagiaire en IUFM, face aux "phraseurs ennuyeux" qui y officient, je n'irais pas en cours. Ou plus exactement, puisqu'il y a chantage sur les traitements et la titularisation, j'y foutrais un tel bordel qu'on m'en dispenserait illico. C'est, comme vous savez, la solution adoptée dans ces cas-là par des "formateurs" qui n'acceptent le débat que s'il est formulé dans un cadre préétabli et refusent les "fortes têtes". Et je serais quand même titularisé parce que la  lâcheté des imbéciles est telle qu'ils ne veulent surtout pas d'embrouilles avec plus fort qu'eux. Vous avez donc eu tort de supporter, sans doute par manque de courage et  - déjà - par conformisme, des cours qui ne vous apportaient rien.

 


PM : Il a fallu attendre l'arrivée de la MAFPEN puis de l'IUFM pour commencer à systématiser une réflexion susceptibles de nous permettre de faire face de manière réfléchie aux difficultés du métier d'enseignant. Et c'est du côté des jeunes enseignants passés par les IUFM que je vois actuellement progresser une réflexion et des pratiques pédagogiques capables de relever le défi de l'école d'aujourd'hui.


PC : - Cette "systématisation de la réflexion susceptible de permettre de faire face de manière réfléchie aux difficultés, etc." est le type même de la logorrhée propre au discours pédagogiste, qu ne peut se dire qu'en mauvais français. Vous réfléchissez apparemment beaucoup (au point que vous faites un usage pléonastique du mot "réflexion") pour aboutir à quelque chose qui est "susceptible de permettre" (ce qui fait un nouveau pléonasme) de "faire face à un défi" qui est... le résultat de la destruction de l'école par le pédagogisme. Tout cela tourne en rond.


PM : J'ai beaucoup de critiques à formuler à l'égard des IUFM où j'ai été moi-même formateur.

 

PC : - J'aimerais bien les connaître: je suis preneur de toute critique envers les IUFM, surtout si elle vient de l'intérieur.



PM : Je leur reconnais cependant l'immense mérite d'avoir mis à mal l'idéologie selon laquelle enseigner serait rien moins qu'un art laissé à l'inspiration d'un professeur magicien et savant. Enseigner réclame certes des dispositions, mais c'est d'abord un métier.


PC : - Enseigner est en effet un art, au sens latin du terme, c'est-à-dire un métier, comme l'art du potier ou celui du vigneron. Il n'y a aucune magie là dedans. Seulement du savoir et de la pratique. Et au cas où vous ne le sauriez pas, c'était déjà un métier avant la funeste invention des IUFM. Quant à ce qui est "mis à mal" en ce moment, c'est l'idéologie de la"professionnalisation" telle qu'elle fut concoctée dans les IUFM et qui, si vous voulez m'en croire, n'en a plus pour très longtemps. Nous entendons aujourd'hui les derniers hoquets d'un ectoplasme à l'agonie.

 

 

PM : Ce que vous dites sur la baisse des exigences des programmes n'est qu'une fable inventée par des gens incapables de penser les contenus de savoir en dehors de leurs propres catégories. Il faut que vous soyez bien loin des établissements scolaires pour ne pas voir ce dont sont capables des élèves qui ne maîtrisent pour tant pas l'imparfait du subjonctif (que personne d'ailleurs n'interdit d'enseigner). Il vous sera loisible évidemment d'alimenter la rengaine qui, depuis que l'école existe, répète, année après année, que le niveau baisse, et qui permet de justifier n'importe quoi.

 

PC : - Si vous pensez que la baisse du niveau est une "fable", je vous demande d'ouvrir le fichier-joint qui est la transcription littérale de la copie d'examen d'un étudiant de Reims. Lisez-là, c'est très court, et tirez-en les conclusions que vous voudrez selon vos propres "catégories". Ce débat sur le "niveau" est assez confus car tout dépend du point de vue qu'on adopte. On peut dire que le niveau monte lorsque quelqu'un qui ne serait pas entré autrefois en sixième s'inscrit à l'université. On peut dire aussi que le niveau baisse pour la même raison. Mais cette différence de perspective, selon que l'on regarde par un bout de la lorgnette ou par l'autre, ne change rien à la triste réalité : le niveau des bacheliers qui arrivent à la fac est parfaitement lamentable.


PM : L'école est en crise, c'est vrai. Notre métier est difficile et passionnant, il mérite autre chose que ces querelles infondées et ces hurlements belliqueux dont vous avez cru devoir nous gratifier. Vous aurez beau faire, vous ne récuserez pas la pédagogie.


PC:- Mais si, mais si.


PM : Débrouillez-vous avec votre honneur d'universitaire.


PC :- Encore l’honneur. Je ne rejette pas du tout cette notion mais elle n’a pas grand chose à faire dans un débat puisque mon honneur ne concerne que moi-même et n’a pas à être mis sur la place publique. J’en ai fait mention pour « illustrer » le fait que les nouveaux coefficients des Capes de langues sont inadmissibles. Et que, comme je n’ai pas l’habitude d’admettre l’inadmissible, quel que soit le domaine où il apparaît, je ne l’admets pas. Ce qui explique à la fois mon refus de me soumettre au diktat des IUFM (affaire personnelle) et ma décision de mener un combat sans concessions pour leur mise hors-la-loi (domaine public cette fois). Si je ne peux plus enseigner dans une Fac comme la mienne, j’irai ailleurs, dans un « pôle d’excellence » réservé aux fils de la bourgeoisie : ils sont en train de se mettre en place. C’est un choix qui ne concerne que moi. Ou alors je démissionnerai et chercherai du travail dans une bonne université américaine ou même coréenne ou mexicaine, car il y a dans certains pays du Tiers-Monde des établissements d’enseignement supérieur bien plus dignes de ce nom que la majorité de ceux qu’on trouve chez nous.


PM: Votre érudition ne vous donne aucune compétence sur les méthodes d'enseignement, et c'est très bien ainsi.


PC: - En effet. Je vous l'ai déjà dit. L'érudition est plus ou moins indispensable selon les niveaux d'enseignement mais ne se confond pas avec l'art d'enseigner. Quant aux fameuses "méthodes", je vous renvoie à l'étymologie. C'est ce qui vient "après le chemin", une fois qu'on l'a parcouru, ou à la rigueur, au fur et à mesure qu'on le parcourt. Autrement dit, une méthode, cela ne s'enseigne pas. Et c'est bien le drame de l'école en France, depuis le primaire jusqu'aux IUFM.On s'acharne à vouloir "enseigner des méthodes" alors qu'on ne peut enseigner que des contenus et que la "méthode" se perçoit dans l'après-coup. Dans les IUFM, c'est le bouquet : on prétend "enseigner les méthodes d'enseignement des méthodes". C'est, mathématiquement, du n'importe quoi au carré.


PM : Vous ne ferez croire qu'aux naïfs, aux aigris et aux ignorants que vous défendez l'école. Vous ne vous souciez en réalité que de votre position


PC : - C'est totalement faux. Si vous me connaissiez, vous ne diriez pas des choses pareilles.


PM : et vous vous accrochez avec hargne à une place qui n'est pas menacée.


PC : - Ce n'est pas ma place qui est menacée, pas plus que celle d'aucun fonctionnaire. C'est la possibilité d'exercer mon métier. Et j'en tirerai le jour voulu les conclusions qui s'imposent en y renonçant si besoin est. Vous voyez bien que je ne "m'accroche" à rien du tout et surtout pas à une "place". En attendant, et comme je crois qu'il est possible de vous empêcher de nuire plus longtemps, je me lance dans une bataille où je n'ai, personnellement, rien à gagner.


PM : Laissez-nous la nôtre.


PC :- Je ne vous la laisserai pas. Vous êtes bien trop dangereux pour l'avenir de l'école et je suis résolu à vous mener la vie dure. Jusqu'à votre défaite.


PM : A partir de la place que j'occupe auprès des élèves de mon lycée et à la rédaction des Cahiers pédagogiques, votre agitation paraît, je vous assure, extrêmement dérisoire.

 

PC : - Je n'en suis pas si sûr. Il ne s'agit pas d'agitation mais d'un combat, parfaitement "réfléchi". Et d'un combat qui commence à tourner à notre avantage, ce qui n'est pas "dérisoire" du tout, je vous assure à mon tour.


PM : Et si j'ai pris la peine de vous répondre, je n'irai certes pas plus loin pour essayer de laver l'affront que constituent vos injures grossières.


PC : - Il n’y a aucune "injure grossière" dans mon texte. On ne peut pas en dire autant du vôtre, qui n'a pas l'habileté d'enrober un lexique percutant dans une syntaxe soignée, et qui est donc fort "grossier" à tous les sens du terme. Mais que vois-je? Vous avez aussi un "sens de l'honneur" puisque vous considérez mon texte comme un "affront" qu'il faudrait "laver". Pourrions-nous nous entendre sur ce point?


PM :  ni pour poursuivre plus avant un débat manifestement inutile.


PC : - Libre à vous de considérer que ce débat est inutile et de refuser de le poursuivre. Mais cela ne semble pas être le cas de M. Zakhartchouk qui, après un premier échange assez vif, semble maintenant disposé à prendre les choses de façon plus sereine. Ou de Mme Sotinel qui m'indique la marche à suivre pour publier mon texte sur votre forum. Je n'avais pas essayé de le faire puisque ce n'était pas mon intention. Mon texte circule tout seul, y compris parmi vos adhérents, c'est le grand avantage d'Internet. Ce que je prétends, c'est qu'il soit publié comme "réponse à Gérard Gonfroy" dans la même "rubrique d'actualités" de vos "chers cahiers" où son texte est paru. Si vous ne le faites pas, tant pis. Mais je ne pourrai m'empêcher de penser qu'il est bien loin le temps où les Cahiers pédagogiques appelaient à une réflexion libre de tout préjugé et avaient su prôner autre chose que l'asservissement de l'esprit. Car, par un de ces curieux paradoxes dont l'histoire a le secret, les libérateurs de la pédagogie en sont devenus les tyrans et vous êtes, tout simplement, traître à vos origines et indigne de vos aînés. Mais quoi que vous fassiez, vous ne pourrez empêcher que la voix de la résistance se diffuse partout, y compris dans vos rangs. Si vous censurez mon texte, vous joindrez le ridicule à l'inefficacité, ce qui vous fera perdre sur les deux tableaux. C'est moi qui ne vois pas dans votre texte l'ombre du moindre argument. Il n'y a que des attaques personnelles  - enflure, orgueil mal placé, rage, appétit de pouvoir, complaisance, ignorance, incompétence, logomachie, hurlements, hargne - qui tombent à plat pour la bonne raison que vous ne me connaissez pas personnellement, que vous ne savez rien de mon histoire, de mes intérêts ni de mon action. J'ai bien été obligé de vous répondre "personnellement" puisque je ne vois dans votre lettre aucune référence à un quelconque phénomène objectif dont on pourrait discuter rationnellement (mis à part peut-être la question du "niveau"). Mais j'avais pris pour ma part soin de distinguer chez Gérard Gonfroy la fonction de directeur d'IUFM des qualités du professeur et de la personne pour qui, n'ayant aucune raison de le faire, je ne manifestais pas du tout d'animosité. Une chose pourtant me rassure: ma correspondance avec un directeur d'IUFM qui avait bien voulu me répondre avait commencé de façon très tendue et est devenue de plus en plus cordiale au fil des échanges; de même ma correspondance avec Jean-Michel Zakhartchouk, qui en est à l'étape d'un dialogue courtois. Tout espoir n'est donc pas perdu de voir un jour débattre rationnellement tous ceux qui, à partir de points de vue parfois très divergents, s'inquiètent de l'état de notre école et de son avenir. Il faudra bien en arriver là même si l'heure est, pour l'instant, à la polémique. C'est en tout cas ce que j'espère et à quoi j'entends contribuer.



Sentiments distingués



Pedro Cordoba


Maître de conférences (Langues romanes) à l'université de Reims


Président de l'Association "Reconstruire l'École"