ensemble pour le SNUipp

courant d'orientation syndicaliste

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BULLETIN N°11

ler novembre 2002

 

La décentralisation, c'est l'égalité menacée

 

Les AG de grévistes du 17 ont partout montré l'inquiétude des personnels de l'Éducation Nationale quant au projet de nouvelle décentralisation, qui s'annonce comme un possible démantèlement des services publics en 150 jours. Heureusement re-sensibilisés à la question, les copains UA ont toutefois un réflexe conditionné, celui de considérer avec dédain toute hypothèse de boycott d'un groupe de travail quel qu'il soit par un "on ne va pas pratiquer la politique de la chaise vide !" Et pourtant, il faut vraiment se poser la question avec les assises des libertés locales qui s'ouvrent un peu partout, cadre préalable d'une nouvelle solderie d'un service public à brader aux régions. La FSU pourrait-elle efficacement faire entendre sa voix si elle participe à ces assises ? Privatisation et régionalisation sont deux formes d'un délitement de l'état républicain, réduit à terme à sa fonction régalienne, dans un processus continu de libéralisation, rentabilisation, et atomisation des services publics La non prise en compte de l'avis du conseil d'état signe la détermination du gouvernement à engager cette décentralisation, qui sera à la fois dans le prolongement d'une logique libérale qui aura traversé les politiques gouvernementales de tous bords de ces dernières années, mais aussi sera d'un nouveau type, celui d'un éclatement à la carte, en fonction des appétits variables des notables.

Dans l'Education Nationale, en attendant de mieux voir les appétits régionaux et départementaux, ce démantèlement pourrait atteindre rapidement la gestion de la formation continue (déjà pas brillante), les diplômes privatisés, le remplacement des emplois-jeunes et étudiants surveillants par des papys (ou des "jeunes retraités" de l'armée), le statut des ATOS, les centres d'information et d'orientation, la médecine scolaire (citée par René Beaumont, président du conseil général de Saône-et-Loire),… L'idée est souvent simplissime: il y a déjà régionalisation des murs du lycée, régionalisons ses personnels; départementalisation des murs des collèges, départementalisons ses personnels d'entretien et administratifs. Il nous faudra aussi guetter le jeu des "expérimentations", source d'inégalités, et garantir des fonctionnaires indépendants des groupes de pression et des potentats locaux (ça aussi c'est la laïcité). Notre enquête sur l'argent à l'école a montré des inégalités déjà importantes. Doit-on se résoudre à les voir se creuser, s'habituer à un système encore davantage écoles riches/écoles pauvres ? Une motion de la section de Meurthe-et-Moselle que nous publions en pièce-jointe sert d'appel aux syndiqués. L'intersyndicale de Basse-Normandie a décidé d'organiser des contre-assises. Après tant de précédents de précarité et de contractualisation, soyons vigilants. La chaise vide, c'est sûr, ce n'est pas une stratégie en soi. Mais sur une chaise percée, on y va déculotté.

Le 17, ce n'étaient pas les retraites ou les salaires, c'était la défense de l'outil de travail. Et face au rouleau-compresseur, il faut bien le dire, le syndicalisme a ses limites ! Il s'agit bien d'un choix de société, politique. On ne défendra pas efficacement les services publics en général, et l'unité du service public d'éducation en particulier, sans le soutien des citoyens, appelés usagers (mais notre travail n'est pas réductible à une prestation de service), à la poste clients, qui choisiront en dernier recours entre le modèle républicain et la loi du plus friqué. Construisons dans nos départements les conditions d'ouverture à la participation de tous au débat public sur l'égalité d'accès aux services publics.

Stéphane Julien, 19 octobre 2002

Stephane.julien14@wanadoo.fr