La fièvre monte en février



Mensuel de Reconstruire l'école : numéro 4

Actualisé le 23 février 2009

Editorial.



Février était à Rome le mois des fièvres, d'où son nom. Dernier mois de l'année - mort du temps - c'était donc le mois des morts et des spectres envahissant la cité, prenant possession des esprits, qu'ils rendaient fébriles et fous. D'où les rites de purification, appelés "frebrua", qu'Ovide décrit dans ses Fastes. C'est aussi à cause de ce caractère funeste qu'il est le plus court : on avait hâte de le voir finir. Il nous en reste le Carnaval, rite d'exorcisme puisque, dans toutes les cultures, les masques représentent les ancêtres morts.

Il existe un lien entre les mois de février et de mai. "Mariages de mai, mauvais", dit la sagesse populaire. Logique, puisqu'un enfant conçu en mai, naît en février, le mois des morts et des fous. Lors d'un certain mois de mai en France, un président de la République, qui avait lu La Princesse de Clèves et maîtrisait à la perfection la langue française, avait ressuscité un vieux mot que tout le monde avait oublié et qui surprit par ses connotations scatologiques : la "chienlit". Les émeutiers ouvrirent leur Littré, car c'était une époque où les émeutiers avaient tous un Littré chez eux : " nom que les enfants et les gens du peuple donnent aux masques qui courent les rues pendant les jours gras".

Ce petit détour par les mythes et rites calendaires nous servira donc de préambule pour dresser un bref état des lieux. La fièvre s'est emparée de la Guadeloupe, transmise à la Martinique et a gagné les universités. Le Carnaval a pris cette année un tour politique. On ne sait trop quels spectres hantent en permanence l'actuel chef de l'Etat. Mais sa fébrilité semble avoir gagné des ministres d'ordinaire plus pondérés et qui accumulent ces jours-ci gaffes et provocations. Un retour à la raison s'impose.

A la une :

Université, le retour de la chienlit

Le meilleur site, le plus exhaustif, pour se tenir informé sur la situation dans les Universités est désormais Universités en lutte. La dernière Coordination nationale (Paris X-Nanterre, 20 février) a nettement durci le ton. Elle demande désormais l'abrogation de la LRU et pose un ultimatum au gouvernement : "si nos exigences ne sont pas satisfaites à cette date [le 5 mars], nous appelons à la démission de toutes les charges administratives non électives et au refus de participation aux jurys (bac, BTS, DUT, Capes-Agreg, session de printemps...), enfin à pratiquer l'obstruction dans le cadre des mandats électifs."

Le Totem des réformes :

installation à l'Université de Rouen

Conformément à la ligne de Reconstruire l'Ecole, nous signalons prioritairement ci-dessous des textes qui invitent à la réflexion. C'est le préalable à toute revendication rationnelle et à une éventuelle "sortie de crise".

1. LE DECRET DE LA DISCORDE

Statut des enseignants-chercheurs : pour mieux comprendre les raisons de la colère

L'analyse critique d'Olivier Beaud, professeur de droit public à l'Université de Paris II (Qualité de la science française) Etude juridique par Laurence Valette, Maître de conférences à l'Université de Valenciennes

En complément : Portrait d'Olivier Beaud dans Le Monde (3 février 2009)

Vidéos Les chercheurs aux pieds nus : : lancer de godasses sur le Ministère-Pécresse Sarkozy et la recherche : le discours hallucinant du Président de la République et la réalité de la recherche en France. A lire, une analyse approfondie d'Antoine Destemberg (Université de Paris I)

2. LA MASTERISATION DES CONCOURS

Après les propos de Xavier Darcos (12 février) le Communiqué de Reconstruire l'Ecole

Rappel : L'analyse et les propositions de Reconstruire l'Ecole (juin 2008). Ce texte fut transmis au Ministère et a été publié dans "Questions d'orientation", la revue de l'ACOP (Association des conseillers d'orientation psychologues de France)

Pour comprendre l'essentiel : la note de synthèse (décembre 2008) de Pedro Cordoba, vice-président de Reconstruire l'Ecole

Voir aussi l'analyse de la Société mathématique de France

Bien qu'élaborées avant le vote de la Loi Fillon - et dans cette mesure en partie caduques - , nos Propositions pour une réforme de la formation des enseignants contiennent une réflexion sur l'ensemble des problèmes qui restent posés et des pistes pour les résoudre.

Archive  : le plan Oriano de réforme des concours (1998)

Les nouveaux "concours de recrutement" ont une longue histoire, que la plupart des universitaires aujourd'hui mobilisés ignorent ou ont oubliée. Pour rafraichir les mémoires, nous reproduisons ci-dessous la maquette communiquée aux UFR et Départements de Langues vivantes lors de la première tentative de « réforme » en 1998 (plan-Oriano). Lors de cet épisode, seule la réaction des Langues vivantes fut en effet "testée", les autres secteurs de l'Université ayant été maintenus dans l'ignorance du projet. La réaction violente des enseignants-chercheurs concernés fit capoter ce premier projet, qui revint ensuite sous la forme "plan Alluin-Cornu", puis "Brihault-Cornu" (ministère de Jack Lang). Nous republierons peu à peu tous ces textes. Dans le "plan Oriano", l'écrit des CAPES se passait en octobre après la licence et servait de concours d'entrée en première année d'IUFM. L'oral se passait l'année suivante. Voici la maquette proposée à l'époque :

MAQUETTE DU CONCOURS D'ENTREE EN PREMIERE ANNEE D'IUFM (Epreuves d'admissibilité du CAPES)

Note préliminaire : les langues doivent avoir des objectifs et un enseignement différents de ceux des Lettres et Sciences humaines.

1. Admissibilité : 3 épreuves

A) Traduction (thème+version), langue contemporaine y compris de spécialité (4 heures, coefficient 3)

B) Compréhension : diffusion collective d'un document oral de 2 minutes 30 maximum, puis analyse du document (4 heures, coefficient 3) [sic]

C) Essai portant sur 3 textes, à choisir parmi 12 textes couvrant les 3 champs suivants : - culture générale littéraire - synchronie : civilisation de l'année écoulée, ou éventuellement des 3 ans écoulés - diachronie : connaissances historiques des dernières décennies (4 heures, coefficient 3)

2. Admission, après 1 an en IUFM : 2 épreuves orales

A) épreuve hors programme portant sur des documents non-littéraires (en langue étrangère)

B) épreuve de pédagogie sur dossier pédagogique préparé à l'IUFM (en langue française) Les nouveaux certifiés enseigneront en Collège et seconde (éventuellement en première), les agrégés en terminale et classes post-bac."

Carnaval studieux  : La Princesse de Clèves fait un tabac

Vidéo de la lecture publique au Panthéon

Olivier Beuvelet (sur son blog), L'homme qui sauva la Princesse de Clèves