Le fait du prince contre la liberté de pensée ?

Nous venons de recevoir ce message de l'Université Paris X.

Chers collègues,

Je me permets d'informer ceux qui ne le sauraient pas encore, en cette période déjà estivale, que le président du jury de l'agrégation externe d'espagnol, Alet VALERO, vient d'être remercié, comme dit la politesse française, par le ministre de l'Education nationale, sans qu’aucune explication ne soit apportée à ce qui ne peut se comprendre que comme une sanction. Alet Valero s'est du reste enfermé dans le silence et c'est en mon seul nom que je vous écris, car le déshonneur rejaillit sur l'ensemble du jury, dont c'est le travail, consciencieux et souvent harassant, qui se trouve de cette façon mis en question.

Dans ces conditions, les membres du jury se disposent (à l'unanimité très probablement) à refuser toute participation à un nouveau jury pour la session 2004, dont le président ne serait pas A. Valero.

Nous sommes face à un acte de rupture inédit, pour une institution qui est par nature très respectueuse de la tradition construite au fil des concours par les collègues qui en garantissent le fonctionnement. Ce serait méconnaître l'agrégation que de croire qu'elle se résout à une question de personne, et ce serait la mettre très probablement en danger que de participer, pour des satisfactions d'orgueil, à une manoeuvre laissant voir une fois de plus le mépris dans lequel est tenue l'Université ces derniers temps. S'il ne tient qu'à un caprice (au demeurant inexpliqué) de ne pas renouveler un président de jury dans ses fonctions, au bout d'une seule année d'exercice, qui pourra croire qu'en lui succédant il se trouvera plus protégé?

Mais, par ailleurs, devant cette situation de rupture, et compte tenu de la réaction indignée et bien naturelle du jury, il faut savoir qu'assumer la présidence du concours dans ces conditions signifierait partir de zéro, tant pour la composition du jury que pour les locaux, les appariteurs, etc., étant entendu que l'actuel secrétaire général que je suis encore, pour la session qui s'achève, ne pourrait en aucun cas apporter son aide à son successeur pour les multiples tâches qui lui incomberaient.

Il semble donc sage que les hispanistes français, avec la plus large unanimité, prennent conscience qu'ils n'ont d'autre choix, pour leur propre dignité, comme pour l'intérêt général de notre discipline, que de soutenir le plus fermement possible, et dès à présent, c'est-à-dire sans attendre la rentrée de septembre, Alet Valero, afin que soit reconsidérée la décision qui l'affecte, et, à travers lui, qui affecte vingt-quatre collègues qui se satisfaisaient jusqu'à vendredi dernier du travail accompli.

Je vous demande si vous en êtes d'accord de bien vouloir diffuser ce message.

Christophe Couderc



Suite du feuilleton :

Copie de la lettre adressée au Ministre par J. Soubeyroux, Président de la Société des Hispanistes Français :

Lettre à Luc Ferry s/c couvert de P.-Y. Duwoye

Saint-Etienne, le 16 juillet 2003

M. Luc Ferry, Ministre de l'Education Nationale
s/c de M. le Directeur des Personnels Enseignants

Monsieur le Ministre,

Je viens d'apprendre avec stupeur la nouvelle du non-renouvellement du Président du Jury de l'Agrégation Externe d'espagnol, annoncé sans aucune justification, au lendemain de la proclamation des résultats du concours 2003 qui s'était déroulé, de l'avis unanime, dans les meilleures conditions.

Je tiens à vous faire part de l'indignation de l'ensemble des hispanistes français devant une mesure sans précédent, prise à l'encontre d'un Président au terme de sa première année d'exercice, qui jette le discrédit sur l'ensemble du jury.

La Société des Hispanistes Français s'associe à la protestation unanime des membres du jury et vous prie de reconsidérer cette décision inacceptable. Dans le cas contraire, par solidarité avec nos collègues du jury frappés par cette mesure injuste, nous demanderons à tous les hispanistes français de refuser de faire partie du prochain jury qui pourrait être constitué par un nouveau Président.

En vous remerciant pour l'attention que vous voudrez bien accorder à cette lettre, je vous prie de croire, Monsieur le Ministre, à l'assurance de mes sentiments très respectueux.

Jacques Soubeyroux