L'école n'est pas une marchandise

Réponses à deux questions posées par le journaliste Nicolas Truong, du Monde de l’éducation, pour le numéro de novembre 2003.

1) Derrière le slogan "l'école n'est pas une marchandise", quelles alternatives éducatives souhaiterait proposer une association comme Reconstruire l'école ?

Les slogans occultent les paradoxes d¹un réel qu¹ils contribuent à forger, et ceux qui tonnent le plus contre la «marchandisation de l¹école» en ont souvent été les précurseurs. Lorsqu¹on destitue les savoirs au profit des «compétences», lorsqu¹on met en place une culture de l¹expertise et de l¹évaluation permanente, on importe à l¹école les techniques du management.
De même, la « pédagogie différenciée » est la traduction scolaire de l¹individualisation des conduites propres aux sociétés «post-modernes», et la volonté de promouvoir des apprentissages ludiques s¹inscrit dans un système de valeurs où un loisir vide de sens a plus de place que le travail.
Pour remettre les choses à l¹endroit, il faut cesser de faire passer la préoccupation de la réussite des élèves avant celle du savoir à leur communiquer. C¹est en montrant combien le vrai savoir diffère de la simple information, en reformulant pour l¹école une véritable ambition culturelle, et en remettant à plat l¹ensemble des problèmes de transmission qu¹on se donnera quelque chance d¹inverser le processus de destruction de l¹enseignement public auquel nous sommes aujourd¹hui confrontés.

2) Quels sont les clivages et les débats pédagogiques qui, selon vous, traversent les opposants à la globalisation libérale ?

Il est presque comique de lire dans la Charte de Florence que les « altermondialistes de gauche » soutiennent « l¹éducation tout au long de la vie », qui est le cheval de Troie des entreprises du e-learning. Les marchands du savoir savent bien que l¹enseignement primaire et secondaire ne sera jamais rentable, et rêvent de faire payer par les employés des « bilans de compétences » aussi divers et rapprochés que possible. Mais regardons ce qui se passe aux Etats-Unis : ce sont les dirigeants des grandes entreprises ou les généraux du Pentagone qui ont tiré le signal d¹alarme au sujet de l¹ignorance promue par le système éducatif ! Le développement des « core-knowledge schools » doit être pour nous un encouragement. Il montre que la « globalisation libérale » n¹est pas une réalité absolument implacable, et que les besoins réels en matière d¹instruction peuvent au moins dans une certaine mesure se retourner contre elle.