Lettre de la "France d'en bas" à un homme proche du peuple

La France est dans la rue

Ce n'est pas la rue qui gouverne, mais...

C'est la rue qui essuie la morve de tes gamins, qui s'efforce de leur apprendre à lire, à écrire et à compter. C'est la rue qui se déplace cinq fois la nuit pour amener le bassin à ta vieille maman, qui change ses pansements. C'est la rue qui conduit le train qui t'emmène en vacances, le bus et le métro que tu ne dois pas prendre souvent. C'est la rue qui fait le planton des heures devant le restaurant où tu déjeunes de quelques bons plats, préparés par la rue. C'est la rue qui achemine ton courrier, qui répare ou installe ces câbles et ces tuyaux qui font que tu peux prendre un bon bain chaud. La rue, qui se lève tôt pour que tu aies du pain frais, un café et un journal. La rue, qui ramasse tes poubelles, nettoie tes bureaux, fabrique ta prochaine voiture de fonction, installe ton matelas et ton parasol, répond au téléphone, approvisionne les rayons, tape tes discours, taille la haie, photocopie, balaye, ausculte, assemble, épluche, emballe, graisse, faxe, repasse, arrose.

C'est la rue qui paie ton salaire de ministre, augmentation de 70% comprise, la rue qui cotisera pour ta retraite de ministre.

Et des fois, c'est la rue qui vote.

Avec une grande humanité, avec une grande fermeté : je suis dans la rue, j'y suis bien, et je t'emmerde.