Intégration des IUFM dans les Universités


En cédant aux pressions de la CDIUFM, Gilles de Robien a dénaturé son propre projet d'arrêté tel qu'il avait été approuvé par le Haut Conseil de l'Education.

Il avait d'abord été prévu de transformer les IUFM en écoles d'application, chargées d'accueillir les professeurs stagiaires après leur réussite aux concours de recrutement. Dans ce contexte, la préparation aux concours revenait à l'Université, ce qui supprimait enfin cette prétendue « première année d'IUFM » que ces établissements n'ont jamais été capables d'assumer et qui a donné lieu à de multiples dysfonctionnements. La situation n'a cessé en effet de se dégrader depuis la mise en place des IUFM en 1991 et, à l'heure actuelle, 80% des candidats au concours des professeurs des écoles sont privés de préparation alors qu'ils ont les titres requis. Réduits à préparer les concours par eux-mêmes, avec des chances infimes de réussite, ou à s'adresser à des instituts privés fort onéreux, ces « candidats libres malgré eux » sont si nombreux qu'ils finissent par obtenir la moitié des places aux concours. La situation n'est guère plus brillante pour les IUFM en ce qui concerne les différents concours du secondaire.

Après avoir reçu l'approbation du HCE, le texte de l'arrêté a donc été modifié à plusieurs reprises. Une version intermédiaire donnait entièrement satisfaction aux IUFM en leur confiant à nouveau la mission d'assurer l'année de préparation. Puis le Ministère a eu recours à une formule plus ambiguë : désormais les IUFM « participeront » à la préparation des concours. Cette demi-mesure ne nous satisfait guère car elle risque de perpétuer un statu quo dont l'inefficacité et l'injustice ne sont plus à démontrer.

L'Association Reconstruire l'Ecole espère cependant que dans le cadre de l'intégration des IUFM dans les Universités, ces dernières sauront imposer la seule mesure susceptible d'assurer l'égalité de tous les candidats devant les concours : accueillir l'ensemble de ceux qui souhaitent bénéficier des préparations. Il serait en effet paradoxal que les Universités, tenues d'inscrire une masse de pseudo-bacheliers incapables de suivre des études supérieures, soient ensuite obligées d'exclure leurs propres licenciés. Il va également de soi que, dans le nouveau cadre juridique, le budget dévolu à cette préparation doit être intégralement versé aux Universités, à charge pour elles de compenser financièrement les IUFM pour leur éventuelle « participation ».

Nous dénonçons enfin les fantasmes de la « professionnalisation » auxquels ont cédé à la fois le Ministère et le HCE. Imposer des stages à la fois en licence et pendant l'année de préparation est une mesure irrationnelle et inapplicable. Irrationnelle car, compte tenu du taux d'échec en licence et du ratio postes/candidats aux concours, elle suppose de préprofessionnaliser en pure perte un nombre considérable d'étudiants dont à peine 10 ou 12% exerceront le métier d'enseignant : c'est comme si on formait dix fois plus de médecins, de juristes ou d'ingénieurs qu'il n'y a de débouchés possibles pour ces carrières. Inapplicable, car on ne trouvera jamais assez de conseillers pédagogiques, ni même d'établissements scolaires, pour accueillir une telle masse de futurs professeurs purement virtuels.

Les concours impliquent un mode de formation « consécutif » qui est logiquement incompatible avec le modèle « par alternance ». Ce dernier ne peut s'appliquer qu'à des étudiants déjà sélectionnés : ou bien par le concours ou bien dès la première année d'université. Nous rappelons qu'en Finlande, où existe le modèle par alternance, les universités n'acceptent dans cette filière que 10% des étudiants qui le souhaitent : la sélection y est donc deux fois plus forte que celle des concours français.

En n'osant pas trancher entre ces deux modèles incompatibles pas plus qu'il n'ose trancher entre les Universités et les IUFM pour la préparation aux concours, l'arrêté de Gilles de Robien met en place un système bancal dont les effets pervers ne tarderont pas à se manifester et qui débouchera sur une situation encore plus conflictuelle et ingérable que celle d'aujourd'hui.

Reconstruire l'école