POUR UNE ECOLE DES SAVOIRS, DE LA JUSTICE ET DE L'EGALITE



Communiqué de l'Association « Reconstruire l'Ecole »     http://www.r-lecole.fr

Le projet de loi Fillon est, par bien des aspects, la poursuite et aggravation de la loi Jospin de 1989, dont il revendique d'ailleurs la continuité :
- les pourcentages préétablis et démagogiques d'accession aux diplômes supposent qu'on cache les conditions réelles de leur attribution et la dévalorisation qui s'ensuit : les premières victimes de ce mensonge sont les jeunes de condition modeste, sans appui ni garantie hors d'une école juste, qui croient monter dans l'ascenseur social et tombent dans la cage ;
- les projets d'établissement inaugurés par la loi de 1989 sont une entorse au principe de l'égalité républicaine et un leurre : jamais ils n'ont permis des choix correspondant à l'intérêt réel des élèves ;
- alors que l'illettrisme, l'inculture et les actes d'indiscipline augmentent, rien dans ce texte ne permet vraiment d'espérer une amélioration dans ces domaines sensibles.

Ce texte s'inscrit dans une parfaite cohérence avec les directives de l'OCDE, celles de la Commission de Bruxelles et de la « stratégie de Lisbonne », revendiquée dans le rapport annexé à la loi. Il s'inscrit également dans le dispositif de réforme de l'Etat et de la LOLF, loi organique sur les lois de finances de 2001. En effet, l'une des constantes du projet de loi Fillon est la notion de contrat : entre l'établissement et le rectorat, entre les élèves, l'établissement et les personnels (« contrat individuel de réussite éducative » par exemple). Cette évolution du droit public, qui s'étend depuis des années indépendamment des gouvernements, contredit l'ensemble des principes qui régissent notre République. Un contrat est essentiellement un acte de droit privé, et il est le plus souvent à durée limitée. Ce remplacement de la loi par le contrat, caractéristique fondamentale de la réforme de l'Etat, est redoutable pour les citoyens et les collectivités les plus fragiles, car le contrat ne se conclut pas à égalité de pouvoir et de connaissance. En outre, la multiplicité et la variabilité de ces contrats en font un facteur d'inégalité sur le territoire. En invitant les chefs d'établissement à « faire du chiffre », ils n'ont abouti qu'à fermer des classes et supprimer des postes. Ce projet de loi crée aussi des organes intermédiaires, déjà prévus dans les rapports commandés par Allègre en 1999 : les conseils pédagogiques, destinés à semer la mésentente entre professeurs et à constituer un fusible supplémentaire en détournant la colère des professeurs mécontents vers des adjudants locaux. Il faut ajouter que la contractualisation des enseignants remet en cause le statut de la fonction publique, par les dispositions annexes sur l'apprentissage et les incidences de la LOLF sur les rémunérations. Ce projet, qui n'améliore en rien le fonctionnement de l'école ni l'instruction des élèves, concourt donc pour une part importante à la destruction de l'Etat.
Une analyse détaillée du projet de loi se trouve à l'adresse : ../Actions/proj2.html

La « maîtrise du socle » débouchera sur les mêmes déconvenues que « l'élève au centre ». Les politiques qui adoptent ces slogans, les journalistes qui les diffusent, les parents qui les applaudissent en croyant tantôt que leur enfant va devenir le « centre » du monde, tantôt qu'il va avoir « droit à la réussite », ignorent la provenance réelle de ces expressions. La première reprenait le « child-centered activity-based learning », la deuxième le « mastery learning » de Benjamin S. Bloom (1913-1999). Ce sont de vieilles lubies des pédagogues anglo-saxons, que la technostructure de l'Education Nationale importe chez nous, quelle que soit la couleur politique des gouvernements, sans tenir compte des désastres qu'elles ont déjà provoqués aux Etats-Unis ou en Grande Bretagne. Et les politiques qui les adoptent, les journalistes qui les diffusent, les parents qui les applaudissent sont loin de se douter que ces slogans d'apparence inoffensive se traduisent immédiatement en programmes, instructions et circulaires qui détruisent chaque jour davantage les conditions d'un enseignement digne de ce nom et ont pour seul idéal d'augmenter « l'employabilité » de ceux qui sont destinés à passer leur vie entre périodes de chômage et petits boulots précaires, tout en les privant des moyens intellectuels de résister à la dégradation matérielle et morale de leur existence.

Nous demandons une refonte totale de l'enseignement du français et des mathématiques depuis l'école primaire, la réhabilitation de la grammaire, de l'orthographe, de l'étude des œuvres et des fondements du raisonnement mathématique. Nous demandons que l'on cesse de mettre les élèves devant des « situations complexes » pour leur demander de « construire le simple ». Le bon sens exige que l'on commence au contraire par le simple pour leur permettre d'acquérir progressivement des savoirs plus élaborés. Nous demandons que les IDD, TPE soient supprimés à tous les niveaux, et les heures restituées aux disciplines. Nous demandons que le Ministre mette en accord ses paroles et ses actes en rouvrant toutes les classes fermées, plus particulièrement en lettres classiques et langues, et en publiant au BO des instructions précises obligeant les Inspecteurs à respecter la liberté pédagogique des professeurs. Nous demandons enfin la suppression des IUFM et une refonte totale de la formation des maîtres selon le projet que nous avons élaboré et qui est disponible sur notre site : ../iufm/fform.pdf


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../Asso/adh.html