Communiqué de presse de l'Association « Reconstruire l'Ecole », Paris le 29 novembre 2004

Pour une suppression totale des IDD et des TPE
Pour un redéploiement des moyens ainsi dégagés



L'Association « Reconstruire l'école » approuve la décision du Ministère de l'Education nationale de supprimer les Travaux Personnels Encadrés (TPE) en classes terminales et au baccalauréat. Notre Association a toujours condamné la mise en place des Itinéraires de Découverte (IDD) au collège et des TPE au lycée ainsi que la prise en compte des TPE au baccalauréat, qui a introduit une grave inégalité de traitement entre les candidats. Elle rappelle que les TPE sont évalués localement et sans que soit respecté l'anonymat des candidats, avec une notation fort différente d'un établissement à l'autre. Elle demande au Ministère la suppression des TPE dès la classe de Première ainsi que des IDD en collège et le redéploiement des moyens correspondants.

L'existence des TPE en Première défavorise tout particulièrement les élèves de la section L pour qui les épreuves littéraires du baccalauréat, fortement coefficientées, se passent en fin de première, ainsi que certaines épreuves scientifiques. Le temps passé à la réalisation des TPE est ainsi perdu pour la préparation de l'examen. Quant aux élèves de la section S, la suppression d'une heure de mathématiques ne peut qu'accroître leurs difficultés et entraîner une baisse du niveau dans cette discipline essentielle. Venant s'ajouter à l'incohérence des programmes et à la façon dont le raisonnement mathématique lui-même est aujourd'hui banni de l'enseignement, ce phénomène explique en grande partie l'échec de nombreux bacheliers S dans les départements de sciences à l'université et, de façon plus générale, la désaffection des lycéens pour les études scientifiques.

Les Travaux personnels encadrés en lycée, comme les Itinéraires de Découverte en collège, sont une illusion qui n'a aucunement fait la preuve d'une quelconque efficacité pédagogique. La mise en place des TPE et des IDD s'est en effet traduite par une diminution importante des horaires de plusieurs disciplines, nuisant ainsi particulièrement aux élèves les plus faibles. Or l'interdisciplinarité n'a de sens que si les connaissances élémentaires dans chaque discipline sont acquises. Les élèves en difficulté ne sauraient donc bénéficier d'un dispositif qui, sous prétexte d'accroître leur « autonomie », les amène à combler fictivement des lacunes réelles et réduit leur « recherche personnelle » à la pratique délétère du copié-collé sur Internet. Seuls les meilleurs élèves dans les bonnes classes des bons établissements peuvent réaliser un travail de ce type en respectant des critères minimaux de rationalité. Ces « innovations pédagogiques » ont donc pour seul résultat d'accroître les inégalités de formation et de niveau. L'argument selon lequel les bacheliers seraient ainsi mieux préparés aux exigences des études universitaires est particulièrement mal venu puisque ces dernières ne sont pas plus « interdisciplinaires » mais, au contraire, beaucoup plus spécialisées. Ce qui fait le plus cruellement défaut aux étudiants de première année d'université est la maîtrise du français écrit, y compris au niveau de la simple lecture, et un ensemble un peu solide et cohérent de connaissances disciplinaires dans la matière qu'ils ont choisie.
C'est en ce sens qu'il faut réformer la scolarité dans le secondaire, en rétablissant dans les sections générales des lycées des filières dignes de ce nom et préparant réellement les élèves à la poursuite d'études supérieures spécialisées. Les différentes « innovations pédagogiques », qui se sont succédées au fil des ans sans que jamais leurs résultats ne soient évalués, constituent une poudre aux yeux, nuisible à la formation des élèves et dont les promoteurs, jamais à court d'une nouvelle lubie, sont les seuls à se féliciter.

L'Association « Reconstruire l'Ecole » ne saurait cependant se satisfaire d'une suppression des TPE qui obéirait simplement à des considérations d'ordre budgétaire. Il ne s'agit pas pour nous de réduire le nombre de postes de professeurs ou les heures d'enseignement dispensées aux élèves mais au contraire de renforcer l'acquisition des connaissances, en rendant leurs anciens horaires aux disciplines lésées et en dédoublant les classes dans toutes les matières où un tel dispositif s'avère pédagogiquement efficace.