Ne nous Peillon pas de mots...
Cahier de Reconstruire l'École n°15
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Chic chic c’est la rentrée,
forcément meilleure que les précédentes, depuis que nous avons à présent au gouvernement des ministres qui nous aiment puisqu’ils
sont socialistes (du moins en théorie),
citent Michelet, Edgar Quinet, Victor Hugo et Jules Ferry, évoquent les Lumières, le libre jugement,
la laïcité, et déclarent vouloir refonder l’Ecole autour de la République et la République autour de l’Ecole –
paroles douces aux oreilles des vieux « Républicains » (nous l’a-t-on assez reproché…) que nous sommes, naturellement. Alors, pourquoi la Présidente, qui comme tous les enseignants a repris le collier pleine d’énergie, d’élan et de vigueur, se sent-elle néanmoins assaillie de noirs pressentiments, concernant en particulier tout ce qui pourra sortir de la concertation sur l’Ecole organisée par le ministre sous la bienveillante égide de Bruno Julliard ? Est-ce d’avoir entendu M. Peillon expliquer sur Europe 1 que « les élèves français (…) sont ceux qui souffrent le plus, avec les petits Japonais », ce qui ne peut que faire hurler de rire et/ou de rage tout enseignant normalement constitué s’évertuant contre vents et marées à mettre lesdits élèves au travail, eux qui souffrent surtout de ne rien faire et de perdre leur temps ? Une telle ineptie, proférée sur le ton dramatique qui convient, et assimilant nos potaches aux infortunés petits Japonais qui, effectivement, se suicident tant on leur met la pression, devrait ridiculiser celui qui la profère, même s’il se réclame des sociologues, dont on sait qu’ils sont suffisamment experts en expertise pour être crédibles dans les hautes sphères de la rue de Grenelle.
Est-ce, à propos de la grande concertation, de remarquer, et de déplorer avec Catherine Kinzler, une contribution passionnante au débat), la « mise à l'écart des spécialistes disciplinaires, aussi bien les sociétés savantes que les associations de professeurs spécialistes », ce qui laisse mal augurer de la place du SAVOIR et de l’INSTRUCTION dans la synthèse à venir ? Certes, m’a-t-on objecté après la parution en juillet dernier de ma note, mais de quoi vous plaignez-vous, jamais contente que vous êtes ? Parmi les personnalités invitées, on trouve plusieurs représentants de l’anti-pédagogisme (pour aller vite), comme Denis Kambouchner ou Jean-Paul Brighelli ! Vous voyez bien qu’on parlera pour vous !
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Bien sûr, et je ne doute pas une seule seconde de la pertinence des observations que livreront nos deux amis. J’observe simplement qu’aucune ASSOCIATION de défense de l’Ecole et/ou des humanités n’a été conviée, pas plus « Sauver Les Lettres » que le GRIP ou RE, pas davantage l’ALLE ou SEL, qui, comme les sociétés savantes et les associations de spécialistes, semblent inconnus au bataillon Peillon. En clair, on reconnaît en haut lieu que notre parole existe, mais portée par des individualités aussi brillantes qu'isolées, et ne représentant, en quelque sorte, que leur génie personnel. L’idée qu’il existe des associations de terrain faites de militants, d’alterpédagogues qui travaillent au contact des élèves, de défenseurs de l’instruction, ne semble pas avoir été intégrée par le Comité de pilotage – comme si rappeler encore et toujours le DEVOIR D’INSTRUCTION avait quelque chose de gênant pour nos nouveaux gouvernants. Il faut dire que lorsque le discours officiel pose en principe numéro un qu’apprendre est pour les élèves français à l’origine d’une grande souffrance, on voir mal comment pourrait sortir de la concertation Peillon autre chose qu’un infâme brouet pédago enrobé dans de la phraséologie laïque et républicaine, comme on nappe de sauces trop riches les viandes un peu faisandées.
Bref, on va nous payer de mots, et ne rien faire – ce qui vaudrait peut-être mieux que d’entreprendre des réformes délétères qui achèveront le malade sous couvert de le refonder. Peut-être faudra-t-il que notre système scolaire descende encore un peu plus bas, si c’est possible, et que l’on touche le fond du fond, pour que le coup de pied salutaire, qui remette l’instruction (ni l’élève, ni l’enseignant) au centre du projet, soit enfin donné ? En attendant (et il semble que ce soit, a priori, la seule mesure de grande ampleur susceptible d’être prise), les professeurs et les instituteurs auront le plaisir de voir rognées leurs vacances au nom du respect des rythmes biologiques, ce qui les fera travailler plus pour gagner autant. On a viré Sarkozy pour moins que ça, non ? ! Et la Présidente, qui a mauvais esprit, se demande avec intérêt comment le SGEN-CFDT et l’UNSA-FEN nous feront passer la pilule… Mais c’est une autre histoire.
Françoise Guichard
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